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Dimanche 2 janvier 2005

« Les chefs-d’œuvre détestent qu’on les respecte. Ils préfèrent vivre, c’est à dire être lus, triturés, contestés, abîmés. Il serait temps de faire mentir la vieille boutade d’Hemingway : un chef-d’œuvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit. » Frédéric Beigbeder.

Loin de moi l’idée de m’improviser critique littéraire d’un critique littéraire… Simplement j’aimerais faire partager une de mes dernières trouvailles. Un inventaire. Un livre… qui est un inventaire de livres. Drôle d’idée me direz-vous. Détrompez-vous, ça se lit très bien, ce « truc » là.

L’auteur, Frédéric Beigbeder, a beaucoup fait parler de lui l’an passé en sortant 99 francs. Ici, le ton est différent, mais le style reste dans le même registre, mordant, ironique, et somme toute bien agréable. Voilà un critique qui ne mâche pas ses mots, osant exprimer ce qu’il pense réellement des livres choisis parmi une sélection de 200 ouvrages. 50 livres élus par 6000 français qui se sont pris au jeu de la FNAC et du Monde durant l’été 1999. Ce sont « les 50 livres du siècle choisis par vous et commentés par moi » dixit l’auteur. C’est à dire de manière totalement arbitraire.

Monsieur Beigbeder a en effet dans l’idée de désacraliser la littérature. Et ça devrait faire plaisir aux férus de musique puisque son ouvrage se présente sous la forme d’un top 50 des meilleurs livres du XXè siècle. Un compte à rebours. Ben oui, comme un top 50 musical. Pour ne citer que quelques élus : Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, le fameux Journal d’Anne Frank, Lolita de Vladimir Nabokov, Le Lotus bleu d’Hergé, Le Chien des Baskerville d’Arthur Conan Doyle, Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie… Eh oui, vous y trouverez un peu de tout !

Pour une fois vous allez lire l’exégèse de 50 ouvrages sans vous endormir. Lire la critique de 50 livres inconnus au bataillon peut en effet paraître assez ennuyeux. Celle ci va vous faire changer d’avis. Sachez qu’après avoir tenu ce livre là entre vos mains, vous aurez certainement envie d’aller voir un peu ce qu’il retourne des 50 ouvrages critiqués…

Et si jamais au grand jamais vous refusez d’ouvrir ce livre là (Hou ! Honte à vous… vraiment vous devriez essayer… Allez, faites moi plaisir…) alors tentez l’un des autres livres de l’auteur. Dégotez l’introuvable, mais depuis réédité (donc désormais facilement trouvable) premier roman de Frédéric Beigbeder, Mémoires d’un jeune homme dérangé, et poursuivez avec L’Amour dure trois ans. Si vous êtes très pub, fondez sur 99 francs tel l’aigle sur sa proie…

Et si vous n’aimez pas lire (vous ne savez pas ce que vous perdez), alors prenez une petite heure… et feuilletez-moi quand même ce top 50. Je suis sûre que ça vous donnera envie d’aller z’yeuter un peu les livres qu’il critique… Pour voir si vous êtes d’accord, pour « combler une lacune littéraire » ou juste pour le plaisir. Comme ça.

Après tout, la littérature, c’est peut-être ça, le grand mystère de notre existence : que cherchons nous au travers des livres que nous n’ayons trouvé dans la vie ?

Tel l’auteur de cet Inventaire, j’aimerais moi aussi vous inoculer ce virus de la lecture. Pour que le XXIè siècle ait ses grands écrivains, ses lecteurs… Et son top 50.

 

03/2003

 

 

par Florie Dolce Vita publié dans : Bafouilles et nouvelles
Lundi 20 décembre 2004
Et voilà, aux premiers souffles du blizzard, et malgré force cache-nez, col roulé et autres subterfuges, on se réveille un matin avec les yeux gonflés de sommeil, le nez rougi par trop de mouchages intempestifs et la gorge aussi sèche que le désert du Sahara. Ce n’est rien et c’est horrible, c’est juste une petite grippe de saison.

De toute façon, on sait bien ce que disent les médecins : un rhume non soigné s’évapore en quinze jours, si on le soigne on n’en a que pour deux semaines. Bref on sait déjà que ça va être le bonheur.
Le malade avisé sait que quoi qu’il en soit, et vu le nombre de jours de congé annuels octroyés à un employé dans une société américaine, il a plutôt intérêt à se remettre au plus vite s’il ne veut pas passer les mois suivants à admirer les restes de son bureau, posés dans un carton, au pied de son lit, en s’apitoyant sur son triste sort.
Le voici donc parti en quête d’un drug store. Pas pour de la morphine, vous l’aurez compris, mais dans l’espoir d’y trouver quelques pastilles utiles à soulager ses maux.
L’Amérique faisant bien les choses, votre Duane Reade (ou CVS Pharmacy et concurrents) vous indique comme dans les grandes surfaces, le rayon où vous allez trouver votre bonheur. En fait vous risquez d’y trouver surtout un peu plus que votre bonheur. D’ailleurs ça aurait du nous inquiéter dès le départ, de savoir qu’ils ont un rayon entier intitulé « cold ». Mais comme nos neurones justement sont un peu raplapla, ils n’ont pas tilté sur le coup. On entre dans le rayon à petits pas, peur soudaine d’être phagocytés par cette émergence et ces résurgences de mots en gras, en italique, de rouge qui nous saute aux yeux, de qui mieux que les autres de tous ces produits saura attirer notre attention.
On ne parle plus dans ce bas monde d’efficacité des produits, tout est sous jacent aux batailles marketing que se livrent les compétiteurs d’un marché à grand coup d’offres spéciales. Ce qui est sans compter les sournoises marques blanches (autrement nommées marques distributeur, donc « Duane Reade », par exemple, pour ceux qui n’auraient pas suivi) qui tentent désespérément de mettre un coup de pied dans la fourmilière, force de publicité comparative, en assurant qu’elles font aussi bien que Machin mais en moins cher – et elles ont raison, car le médoc sort des mêmes fabriques.

Imaginez notre bonne Madame Michu. En France, elle arrive au comptoir de sa pharmacie, demande entre deux quintes de toux au préparateur un médicament sans ordonnance – mettons, un sirop, et des pastilles – et le pharmacien dans sa grande bonté lui ramène un flacon de Vicks et des pastilles Drill (nota – échantillonnage de marques pris au hasard, toutes mes confuses aux concurrents). Elle paie et rentre chez elle.
Bilan de l’opération : 3 minutes, attente comprise. Frais occasionnés : allez, mettons 6 euros, et on est encore généreux.

Imaginez maintenant cette même Madame Michu dans votre Duane Reade. Elle, se disant qu’après tout le plus simple est encore d’aller demander au préparateur de lui dégoter la solution miracle, se heurte au mur de l’amabilité du préparateur sus-cité en train de feuilleter une revue, et qui, dans un élan de lassitude, se contente de lui indiquer d’un geste agacé, le rayon « cold ». Madame Michu sans perdre son sang froid s’y dirige donc, et se trouve nez à nez avec une ribambelles de produits dont elle ignorait même l’existence. Qui de ses pastilles à la menthe, qui de son sirop « plus efficace que les pastilles », qui de son spray « qui soulage plus qu’un simple sirop », qui de ses feuillets qui fondent sur la langue « plus facile d’utilisation qu’un spray ». Qui à la menthe, qui au miel, qui à la cerise (chimique, cela va sans dire). Evidemment, chaque produit se décline en plusieurs marques, plusieurs saveurs, plusieurs tailles et plusieurs prix. Madame Michu se dit aussi bien qu’elle pourrait rentrer à la maison et prendre un doliprane (mais pour ça il faudrait qu’elle trouve l’équivalent dans le rayon adjacent, et rien que l’idée de se remettre à chercher un autre truc dans cette débauche de référencement lui donne des sueurs froides). Alors Madame Michu fait comme tout le monde, elle prend un peu au hasard, elle lit les étiquettes de deux boites, cherchant à comprendre pourquoi l’une vaut le double de l’autre alors que les contenus paraissent tant similaires…
Là, son œil glisse un peu plus loin, dans le rayon cold, et elle voit, dans une petite vitrine en verre, des boites de préservatifs scrupuleusement bien alignées et rangées… C’est pour ne pas prendre froid ? Ou alors je n’ai pas tout compris ? Pourquoi sous verre ? C’est une petite exposition ? Je n’ai toujours pas trouvé de réponse… Si vous avez une explication à me donner là dessus je suis preneuse.
Enfin. Madame Michu s’est décidée. Elle a fini par trouver des pastilles et un sirop qui fait tout : calme la toux, fait tomber la fièvre, diminue la douleur et décongestionne le nez. Elle passe alors à la caisse et peut enfin rentrer chez elle pour (1) reprendre son calme et (2) se soigner.
Bilan de l’opération : 23 minutes, passage en caisse compris. Frais occasionnés : 10 dollars.

Moralité : je ne sais pas vous, mais moi, puisque c’est comme ça, je retourne en Europe me faire dorloter par mes chers parents qui se feront un plaisir de m’avoir à la maison et de courir à la pharmacie pour me soigner…
Lundi 29 novembre 2004
New York est une ville qu’on adore, qu’on adule, qu’on déteste et que l’on vomit à la fois. S’il y a bien une ville dans le monde à qui l’on doit le charme de cette duale attraction / répulsion, alors c’est celle-ci, the « greatest city of the world ».

Nourris à grand coups de productions hollywoodiennes, partout sur la planète, des générations entières se pressent à sa porte, tels les gamins le nez collé aux vitrines Macy’s à l’approche de Noël, pour se frotter d’un peu plus près au rêve, se prendre au jeu, se perdre dans Manhattan et sa forêt de gratte-ciels interminables.

Voir New York et mourir. Y être venu pour deux jours ou deux ans, le sentiment reste le même. Après l’émerveillement, le choc culturel, on réintègre ses pénates, on reprend sa petite vie en rangeant proprement ses souvenirs sur une étagère que le temps se chargera d’empoussiérer. Et puis un jour, bêtement, on allume sa télé, et on se prend au jeu du mange-cerveau, la bouche ouverte, et à crier à qui veut bien l’entendre « c’est New York à la télé, viens voir ! ». Comme si le reportage avait été fait juste pour nous, là, qui en revenons. Et cette bande annonce au cinéma, nouvelle production dont l’intrigue se déroule encore et toujours à Manhattan.
Le cœur, dépoussiéré, soupire alors, explose de souvenirs, et d’avoir trop expiré se crée en nous une sorte de vide étrange, de sentiment de manque, de vertige, le reportage est déjà terminé, la bande annonce achevée, et pourtant on en voudrait encore et encore…

New York possède cet étrange effet sur les expatriés et touristes qui y ont posé le pied, de provoquer, telle une drogue, des effets de manque. On est en Espagne et on fronce le nez en s’installant dans une salle de cinéma riquiqui, encore plus en entendant la voix doublée des acteurs. On s’en prend à regretter New York, ses mangeurs de pop-corn, bruyants, affalés et greffés de sodas qui font slurp au paroxysme de l’intrigue du film.

Tout vous y ramène. Informations, musiques, films, romans, politique, amis, parents. Certains jours il semblerait à vos yeux que le monde tourne autour de cette ville. Toutes les tendances semblent s’y créer et en émerger pour ensuite lentement s’insinuer dans le reste du monde. New York est la ville de l’avant première.

New York agit étrangement sur ceux qui y retournent, aussi. Sentiment partagé d’horreur et de nostalgie devant les amoncellements indécents de déchets attendant piteusement l’hypothétique passage des éboueurs, au grand bonheur des colonies de cafards et rats qui y prolifèrent. Sentiment, aussi, plus optimiste. Fausse impression de chaleur retrouvée, dans les volutes de fumée émanant des bouches d’égout, impression satisfaisante d’être au cœur du monde. De se poser dans son appartement minuscule, s’endormir au son des sirènes de police et coups de frein des bus en se disant, pourtant « home, sweet home ».

C’est quelque chose que ceux qui n’y ont pas été ne comprendront peut-être jamais. La dualité là aussi réside. On a beau être revêche et critiquer la ville à qui veut bien nous entendre encore une fois, on ne peut s’empêcher d’être heureux de la retrouver, enfin. Regardez moi ces américains qui ne savent même pas apprécier un verre de vin avec un morceau de fromage, et qui nous interdisent l’importation sauvage de charcuteries. Regardez moi ces américains qui croient encore que la pizza est leur invention et que Paris est une ville des States. Regardez moi ces américains qui se demandent si la télévision existe en France et si nous avons l’eau courante. Regardez moi ces américains qui sont les seuls au monde à ne pas faire fonctionner tous leurs appareils électriques en courant alternatif 220 Volts. J’en passe et des meilleures.

Mais, une fois ailleurs, ce goût de fiel en bouche s’efface et, le nez tourné vers la ligne bleue de l’Océan, on cherche à capter quelques effluves de cette métropole grouillante. Son odeur particulière. Son rythme effréné. Son assourdissant tumulte.
Tel le papillon de nuit trop attiré par la lumière, on aimerait toujours pouvoir retourner à New York, « pour voir comment la ville a changé », pour s’amuser simplement, pour y retrouver des connaissances. A d’autres. Dites surtout qu’en vous est né ce sentiment de manque, cette impression de louper quelque chose en étant ailleurs que là. Déjà parti mais en esprit encore sur place. Sachant très bien, après toutes nos digressions fielleuses, qu’on ne voudrait pas y faire sa vie, oh non, car ce n’est pas sain, trop de pollution, trop de gens, trop de cafards. New York est ceci : trop.

New York fait rejaillir ainsi rejaillir sur nous ce sentiment étrange et partagé. A la première occasion, à peine la fenêtre ouverte, le papillon dans sa précipitation viendra s’y brûler les ailes…
Jeudi 25 novembre 2004
Extrait du roman noir « Les Morsures de l’Aube » de Tonino Benacquista. Ou le comment du pourquoi du ce qui fait le bar new yorkais…

Quand je pense que les américains ont annexé l’Europe, que leur manque de culture est devenu le nôtre, qu’ils nous ont fourgué tout leur bric-à-brac absurde, leurs fringues, leur cholestérol, leurs images, leur musique et leurs rêves. Mais tout en oubliant l’essentiel. Le bar.
Pas question de se laisser embobiner par l’Oncle Sam pour tous les irréductibles du ballon de rouge et du zinc des tabacs, les adorateurs de l’apéro, les joyeux imprécateurs du pastaga, ceux qui ont décroché le cocotier quand survient l’inespérée tournée du patron. Les Français ont inventé le café mais ils ne sauront jamais ce qu’est un bar et comment on y boit.
Le bar new yorkais, c’est le tabouret haut perché avec vue sur ce bas monde, et d’où il vaut mieux ne pas descendre. C’est le barman qui ne sait rien voir, celui qui ne déchire pas nerveusement les tickets du tiroir-caisse en attendant le pourboire, mais qui vous offre le quatrième si on se sort bien des précédents, celui qui a compris que plus on offre plus on commande, celui qui ne cherche pas à gagner en glaçons ce qu’il perd en alcool, celui qui sait dire aux turbulents : « je vous l’offre mais c’est le dernier », celui qui vous propose de le suivre chez un collègue dès qu’il aura fermé.
Le bar new yorkais, c’est le cadre supérieur qui ne croit plus aux charmes du zapping, le chauffeur de taxi qui se repose des dingues en déroute, les femmes de quarante ans qui n’ont ni sexe ni âge, et tout ce beau monde s’effleure les coudes sans faire d’histoires, sans chercher à vendre son malaise, parce qu’après tout : chacun le sien.
Le bar new yorkais, c’est des verres qui se laissent peloter sans qu’on puisse les renverser comme ça, un comptoir en bois lisse où peuvent se réconcilier deux équipes de base-ball en enfilade. C’est une barre en métal qui vous cale du tangage, c’est le billet de vingt dollars qu’on pose devant soi et qui disparaît dès qu’on l’a éclusé. Dans un bar new yorkais, personne ne vous encourage à entrer, personne ne vous montre la porte. Dans un bar new yorkais, on ne racle pas le fond de sa poche dans l’espoir d’un sursis.
Les bistrotiers parisiens ne comprendront jamais.

L’instant suivant est devenu new yorkais, ma soudaine et agréable solitude, mon verre épais et lourd, rempli d’un liquide épais et lourd, mon regard perdu dans les rangées de bouteilles, face à un serveur en veste blanche à qui on a envie de dire « le même, Jimmy. »


Mais… déjà le ciel blanchit
Esprit je vous remercie.
De m’avoir si bien reçu.
Cochers lugubres et bossus !
Ramenez-moi au manoir.
Et lâchez ce crucifix…
Décrochez moi ces gousses d’ail !
Qui déshonorent mon portail !
Et me cherchez sans retard
L’ami
Qui soigne et qui guérit
La folie qui m’accompagne
Et jamais ne m’a trahi
Champagne…

Jacques Higelin
Lundi 11 octobre 2004
Sur demande des piliers d’EntreNewYork, voici un petit aperçu de ma vie trépidente de l’autre côté de l’Océan, dans la très jolie ville de San Sébastien.
Le lecteur se rendra ainsi compte que la vie est pleine d’imprévus qui remplissent les journées de sa chroniqueuse préférée.

1. Dire « Donostia » et non pas « San Sébastien » vous évitera qu’on vous prenne pour un touriste américain fraîchement débarqué. Bienvenue en Pays Basque.
2. Se promener dans la vieille ville et admirer les églises de San Vicente (XVIème siècle) et Santa Maria (XVIIIème siècle).
3. Se rendre compte comme d’habitude que le plan du guide du routard a oublié la moitié des rues et que l’autre moitié a changé de nom, entre temps.
4. Essayer d’aller au musée mais là aussi, maudire le guide qui s’est planté dans les horaires.
5. Dîner de pintxos.
Note. Le basque est susceptible. Chez lui on ne parle pas des tapas comme dans l’Espagne castillane mais on de pintxos. On risquerait fort de vous prendre pour un touriste américain sinon.
6. Apprendre le basque pour survivre sans qu’on vous prenne pour un touriste américain… Enfin au moins les bases. Le ‘x’ se prononce ‘ch’ et le ‘k’ final est un ‘s’. Ainsi on notera que bonjour se dit ‘Kaixo’, Au revoir ‘Agur’ et merci ‘Eskerik asko’ (mais là, on est autorisé à se fendre d’un ‘Gracias’ si on a peur de postillonner sur son interlocuteur).
7. Visiter l’Aquarium. Donostia possède en effet une jolie collection de petits requins, dont la majorité sont nés à l’Aquarium. Qui fournit également une bonne partie des aquariums d’Europe en plancton et algues. Qui l’eut cru.
8. Aller déjeuner au Kursaal, le restaurant de Martin Berasategui, chef basque de son état qui ouvre le XXIème siècle en mariant la cuisine traditionnelle locale à des trouvailles modernes de son invention. Succulent.
9. Digérer en se faisant la promenade jusqu’en haut du Monte Urgull, en allant doucement dans les lacets. La montée n’est pas très longue mais tout de même. Et puis après le repas c’est toujours difficile, mais nécessaire si on ne veut pas ressembler au touriste américain sus-cité.
10. Profiter du panorama en arrivant en haut. Pour admirer la ville que l’on voit entièrement, avec la baie de la Concha, mais également pour souffler un peu. C’est pas qu’on soit un touriste américain mais tout de même.
11. Décider le soir d’aller s’en mettre un coup derrière la cravate avec un baratton au milieu de ce panorama animé qu’est la vieille ville.
12. Passer dans un bar disco en attendant l’heure d’ouverture des boîtes (en théorie minuit, en pratique 1 heure, et en vérité avant 3 heures c’est vide).
13. Se mettre minable au rhum coca (dites : una « cubata » por favor) ou à la sangria (application : una sangria por favor).
14. Réussir à s’arracher sur le coup de 3 heures du matin pour aller faire un tour au Bataplan, temple de la techno local. Discothèque ultra moderne qui n’a rien à envier aux clubs hype de Manhattan, car elle donne sur la plage de la Concha et sa terrasse est fort appréciable.
15. S’émerveiller devant le prix des cocktails – 6 Euros (et encore, pour la ville, c’est cher).
16. Se commander un Mojito avec une paille et se le voir servir dans un verre à bière format pinte.
17. Agoniser un peu plus à cause de la fumée de cigarette.
18. Avoir les yeux qui pleurent et donc, finir par les fermer.
19. S’endormir sur la terrasse du Bataplan vers 6 heures, après avoir laborieusement achevé son Mojito.
20. Passer la barrière et terminer sa nuit, lové dans le sable, bercé par le bruit des vagues.
21. Se faire réveiller une heure plus tard par un régiment de mouettes toutes droit sorties de Finding Némo (A moi, A moi, A moi !)
22. Se réveiller en ayant la sale impression d’embaumer le mégot refroidi et avec un sacré mal de cheveux.
23. Se relever, épousseter le sable et aller se prendre un café à La Perla, juste au dessus. En terrasse pour décuver.
24. Passer ensuite sa journée à dormir, soit au fond de son lit.
25. Ou, si le temps le permet, en maillot de bain sur la très chouette plage de la Concha (et sans les mouettes), histoire de faire d’une pierre deux coups et de bronzer un chouia.
26. Se faire détremper sa serviette de bain pour avoir oublié que les marées de l’Océan Atlantique ont une envergure de plus de 40 centimètres, contrairement à la Méditerranée.
27. Avant de rentrer chez soi le soir, faire une escale dans une pharmacie pour s’enquérir de l’équivalent local de la Biafine.
28. Se réjouir d’avoir une colloc compatissante pour se faire tartiner le dos de la Biafine sus-citée.
29. Se réconcilier avec la vie devant une assiette de churros et de chocolat brûlant.
30. Réussir à terminer le chocolat sans s’étouffer. Une fois refroidi, il ressemble plutôt à de la crème Mont Blanc.
31. Se faire poser un piercing – moins cher qu’en France.
32. Souffrir ensuite en se rendant compte que piercing non cicatrisé et sable ne font pas vraiment bon ménage.
33. Sortir dans la rue sans parapluie.
34. Rentrer dix minutes plus tard dans la première boutique venue pour s’abriter.
35. Se racheter un parapluie dès que possible.
36. Se le faire arracher par une bourrasque de vent deux jours plus tard.
37. Décider d’investir à long terme : dans un imperméable avec capuche.
38. Aller voir un film sorti quatre mois plus tôt aux US.
39. Mourir de rire devant le doublage en Espagnol.
40. Se rassurer plus tard avec la version en DVD qui permet le choix en VO.
41. Profiter de l’école de coiffure du coin et aller se faire couper les cheveux pour la modique somme de 5 euros.
42. Aller se ruiner au casino.
43. Une fois bien ruiné, rentrer chez soi et se remettre au rythme de vie pépère de la ménagère de moins de 50 ans.
44. Couch-potato-iser devant la téloche.
45. Rester des heures devant des programmes gnan gnan parce qu’il n’y a pas de télécommande (à part vous).
46. Se lever pour aller faire la bouffe.
47. Se rendre compte dimanche matin que le frigo est désespérément vide.
48. Râler, évidemment… On reste français quelque soit la situation.
49. Réaliser dimanche matin que les supermarchés vont rester fermer jusqu’à lundi matin, 9 heures.
50. En profiter pour dégivrer et nettoyer le frigo sus cité, puisqu’il est vide.
51. Et, en vrac, on peut alors aussi : passer l’aspirateur, laver par terre, faire les vitres, la poussière, une petite lessive, du repassage, etc. …
52. Envisager de racheter un vélo d’occasion pour se balader plus facilement dans la ville.
53. Réaliser ensuite qu’il ne passe pas dans la cage d’ascenseur et que la co-propriété en interdit le stockage dans l’entrée.
54. Le laisser cadenassé au banc devant son immeuble.
55. S’en servir de temps en temps pour sortir, en le remettant toujours au même endroit.
56. Se rendre compte un matin que des petits malins vous l’ont piqué en prenant bien soin de vous laisser le cadenas au cas où vous décideriez d’en avoir un autre à leur refiler.
57. Jurer en français jusqu’à plus soif sur tout le trajet à pied jusqu’à l’Université.
58. Tenter de rester éveillé autant que possible pendant les quatre laborieuses heures de cours de la journée.
59. Sortir de cours et trouver sur le parvis de votre Université un chaton qui vient de se faire à moitié écraser, le train arrière paralysé.
60. Décider de se la jouer bonne samaritaine et de l’amener chez un vétérinaire.
61. Abandonner l’idée une fois que la bestiole vous a mordu jusqu’au sang.
62. Courir à la pharmacie la plus proche qui vous rassure en vous disant que si votre main enfle trop, c’est peut-être la rage, il faudra appeler les urgences.
63. Passer le reste de la journée à surveiller sa main et la voir bleuir doucement, le téléphone à portée de l’autre main valide prêt à dégainer le 112
64. Vérifier tout de même dans le dictionnaire comment on dit « mordre » et « bleuir » au cas où les urgences le demanderaient.
65. Aller se coucher après avoir ingurgité une aspirine, au cas où.
66. Se réveiller le lendemain matin et réaliser que la main a viré au rouge uniforme.
67. Entamer des fouilles archéologiques pour dégoter le formulaire E111 qui permet de bénéficier des soins médicaux dans l’Unions Européenne sans débourser un centime
68. Se souvenir que vos parents vous ont changé de mutuelle (le remboursement via la nouvelle sera tellement plus facile)
69. Aller prendre l’Eusko Tren, alias Topo du Pays Basque, qui vous emmène en 35 minutes à Hendaye en territoire civilisé où la Carte Vitale règne en sauveuse.
70. Se diriger vers la pharmacie judicieusement implantée devant la Gare.
71. Expliquer calmement pour la n-ième fois ce qui nous amène.
72. S’entendre dire que c’est grave et que comme on est samedi oublier le médecin et aller directement aux Urgences.
73. Monter dans un taxi et lui indiquer les Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz. Avec le sourire, parce que s’il apprend que vous risquez d’avoir la rage, il va vous évacuer au premier feu rouge venu.
74. Ne pas le mordre, donc, le pauvre homme.
75. Arriver aux urgences à 9h32 a.m. tapantes.
76. Remplir le formulaire machin chouette qui demande pourquoi vous êtes venu (là, se féliciter que le chat n’ait pas mordu la main avec laquelle vous écrivez parce que vous n’êtes pas encore un expert en écriture avec le pied ou la bouche)
77. Aller se morfondre dans la « salle d’attente des familles » où la clim est trop forte, et le ficus se prend au jeu de l’automne en laissant tomber gaiement toutes ses petites feuilles.
78. Constater que pour l’instant vous ne bavez pas encore (c’est peut être pas encore la rage ?)
79. Imaginer des tas de morts différentes à cause de cette foutue blessure, dans le laps de temps que vous laissent les « Urgences » pour dépérir tel le ficus sur votre chaise dans la salle d’attente.
80. A 10h48, voir arriver une infirmière et se faire conduire dans une « salle de soins » où l’Urgentiste arrive de suite.
81. A 11h13, expliquer calmement pour la n+1-ième fois à l’Urgentiste qui vient d’arriver que vous avez soit le Tétanos, soit la rage, soit le Cancer du Sida (et que s’il ne se dépêche pas un peu plus vous allez le mordre, dans un pic de rage).
82. Le laisser vous tâter la main et appuyer là où ça fait très mal, toujours sans le mordre (quelle maîtrise de soi).
83. Chercher désespérément à se rappeler quand est ce qu’on a fait notre dernier rappel de vaccin contre le Tétanos pour éviter une piqûre.
84. Se laisser conduire dans la salle d’attente de traumatologie (« au cas où ce soit très infecté on va faire une radio »).
85. A 11h27, aller patiemment s’asseoir dans la salle de radiologie numéro 4, deuxième porte à gauche.
86. Avoir le temps d’étudier le décor de la salle en attendant le radiologiste en retard. Imaginer encore une douzaine de fins atroces dont la gangrène purulente.
87. A 11h38, se retenir de ne pas grogner ou baver quand le radiologiste manipule sans douceur votre mimine douloureuse pour la placer comme il l’entend sur la plaque afin de procéder à la radio, on ne bouge plus mademoiselle.
88. A 11h41, se faire reconduire dans la salle d’attente des familles avec le ficus pour qui on approche de l’hiver à grands pas.
89. A 11h58, se faire appeler par l’Urgentiste qui vous prescrit l’antibiotique « tueur de germes quels qu’ils soient », et de l’anti-inflammatoire/antidouleur à 1200 mg/jour (limite à ne pas dépasser sous peine d’un retour express aux Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz).
90. Se faire ramener par le brave chauffeur de taxi de tout à l’heure qui est rassuré puisqu’on n’a pas la rage et tient donc absolument à vous faire la conversation.
91. Etre d’une zénitude absolue grâce aux médicaments qu’on vous a prescrits.
92. Feindre l’endormissement pour éviter de répondre aux questions du brave chauffeur de taxi (« et vous parlez basque ? Et vous habitez ici ? Et je suis pas trop curieux ?)
93. Rentrer chez soi et se préparer son petit cocktail de médocs miam miam.
94. S’écrouler pour une sieste bien méritée vous et votre main violette (oui, entre temps elle a viré au violet).
95. Se réveiller sur le coup de 17 heures et voir qu’il fait toujours beau.
96. Entendre à la radio qu’il fait presque 30°C et qu’on est un des points les plus chauds d’Europe en ce début de mois d’Octobre.
97. Aller se promener un chouia pour décompresser.
98. Appeler ses parents et leur dire qu’en fait on n’est pas encore mort, malgré le petit côté tombe-en-ruine de votre main.
99. Respirer l’air pur, admirer la beauté de l’Océan.
100. Regretter New York et sa pollution, pourtant.
101. Se motiver pour écrire les Lundis de Dolce Vita, et sous pression de son fan club, trouver « 101 choses à faire à San Sébastien »…
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