« Les chefs-duvre détestent quon les respecte. Ils préfèrent vivre, cest à dire être lus, triturés, contestés, abîmés. Il serait temps de faire mentir la vieille boutade dHemingway : un chef-duvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit. » Frédéric Beigbeder.
Loin de moi lidée de mimproviser critique littéraire dun critique littéraire
Simplement jaimerais faire partager une de mes dernières trouvailles. Un inventaire. Un livre
qui est un inventaire de livres. Drôle didée me direz-vous. Détrompez-vous, ça se lit très bien, ce « truc » là.
Lauteur, Frédéric Beigbeder, a beaucoup fait parler de lui lan passé en sortant 99 francs. Ici, le ton est différent, mais le style reste dans le même registre, mordant, ironique, et somme toute bien agréable. Voilà un critique qui ne mâche pas ses mots, osant exprimer ce quil pense réellement des livres choisis parmi une sélection de 200 ouvrages. 50 livres élus par 6000 français qui se sont pris au jeu de la FNAC et du Monde durant lété 1999. Ce sont « les 50 livres du siècle choisis par vous et commentés par moi » dixit lauteur. Cest à dire de manière totalement arbitraire.
Monsieur Beigbeder a en effet dans lidée de désacraliser la littérature. Et ça devrait faire plaisir aux férus de musique puisque son ouvrage se présente sous la forme dun top 50 des meilleurs livres du XXè siècle. Un compte à rebours. Ben oui, comme un top 50 musical. Pour ne citer que quelques élus : Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, le fameux Journal dAnne Frank, Lolita de Vladimir Nabokov, Le Lotus bleu dHergé, Le Chien des Baskerville dArthur Conan Doyle, Le Meurtre de Roger Ackroyd dAgatha Christie
Eh oui, vous y trouverez un peu de tout !
Pour une fois vous allez lire lexégèse de 50 ouvrages sans vous endormir. Lire la critique de 50 livres inconnus au bataillon peut en effet paraître assez ennuyeux. Celle ci va vous faire changer davis. Sachez quaprès avoir tenu ce livre là entre vos mains, vous aurez certainement envie daller voir un peu ce quil retourne des 50 ouvrages critiqués
Et si jamais au grand jamais vous refusez douvrir ce livre là (Hou ! Honte à vous
vraiment vous devriez essayer
Allez, faites moi plaisir
) alors tentez lun des autres livres de lauteur. Dégotez lintrouvable, mais depuis réédité (donc désormais facilement trouvable) premier roman de Frédéric Beigbeder, Mémoires dun jeune homme dérangé, et poursuivez avec LAmour dure trois ans. Si vous êtes très pub, fondez sur 99 francs tel laigle sur sa proie
Et si vous naimez pas lire (vous ne savez pas ce que vous perdez), alors prenez une petite heure
et feuilletez-moi quand même ce top 50. Je suis sûre que ça vous donnera envie daller zyeuter un peu les livres quil critique
Pour voir si vous êtes daccord, pour « combler une lacune littéraire » ou juste pour le plaisir. Comme ça.
Après tout, la littérature, cest peut-être ça, le grand mystère de notre existence : que cherchons nous au travers des livres que nous nayons trouvé dans la vie ?
Tel lauteur de cet Inventaire, jaimerais moi aussi vous inoculer ce virus de la lecture. Pour que le XXIè siècle ait ses grands écrivains, ses lecteurs
Et son top 50.
03/2003
De toute façon, on sait bien ce que disent les médecins : un rhume non soigné sévapore en quinze jours, si on le soigne on nen a que pour deux semaines. Bref on sait déjà que ça va être le bonheur.
Le malade avisé sait que quoi quil en soit, et vu le nombre de jours de congé annuels octroyés à un employé dans une société américaine, il a plutôt intérêt à se remettre au plus vite sil ne veut pas passer les mois suivants à admirer les restes de son bureau, posés dans un carton, au pied de son lit, en sapitoyant sur son triste sort.
Le voici donc parti en quête dun drug store. Pas pour de la morphine, vous laurez compris, mais dans lespoir dy trouver quelques pastilles utiles à soulager ses maux.
LAmérique faisant bien les choses, votre Duane Reade (ou CVS Pharmacy et concurrents) vous indique comme dans les grandes surfaces, le rayon où vous allez trouver votre bonheur. En fait vous risquez dy trouver surtout un peu plus que votre bonheur. Dailleurs ça aurait du nous inquiéter dès le départ, de savoir quils ont un rayon entier intitulé « cold ». Mais comme nos neurones justement sont un peu raplapla, ils nont pas tilté sur le coup. On entre dans le rayon à petits pas, peur soudaine dêtre phagocytés par cette émergence et ces résurgences de mots en gras, en italique, de rouge qui nous saute aux yeux, de qui mieux que les autres de tous ces produits saura attirer notre attention.
On ne parle plus dans ce bas monde defficacité des produits, tout est sous jacent aux batailles marketing que se livrent les compétiteurs dun marché à grand coup doffres spéciales. Ce qui est sans compter les sournoises marques blanches (autrement nommées marques distributeur, donc « Duane Reade », par exemple, pour ceux qui nauraient pas suivi) qui tentent désespérément de mettre un coup de pied dans la fourmilière, force de publicité comparative, en assurant quelles font aussi bien que Machin mais en moins cher et elles ont raison, car le médoc sort des mêmes fabriques.
Imaginez notre bonne Madame Michu. En France, elle arrive au comptoir de sa pharmacie, demande entre deux quintes de toux au préparateur un médicament sans ordonnance mettons, un sirop, et des pastilles et le pharmacien dans sa grande bonté lui ramène un flacon de Vicks et des pastilles Drill (nota échantillonnage de marques pris au hasard, toutes mes confuses aux concurrents). Elle paie et rentre chez elle.
Bilan de lopération : 3 minutes, attente comprise. Frais occasionnés : allez, mettons 6 euros, et on est encore généreux.
Imaginez maintenant cette même Madame Michu dans votre Duane Reade. Elle, se disant quaprès tout le plus simple est encore daller demander au préparateur de lui dégoter la solution miracle, se heurte au mur de lamabilité du préparateur sus-cité en train de feuilleter une revue, et qui, dans un élan de lassitude, se contente de lui indiquer dun geste agacé, le rayon « cold ». Madame Michu sans perdre son sang froid sy dirige donc, et se trouve nez à nez avec une ribambelles de produits dont elle ignorait même lexistence. Qui de ses pastilles à la menthe, qui de son sirop « plus efficace que les pastilles », qui de son spray « qui soulage plus quun simple sirop », qui de ses feuillets qui fondent sur la langue « plus facile dutilisation quun spray ». Qui à la menthe, qui au miel, qui à la cerise (chimique, cela va sans dire). Evidemment, chaque produit se décline en plusieurs marques, plusieurs saveurs, plusieurs tailles et plusieurs prix. Madame Michu se dit aussi bien quelle pourrait rentrer à la maison et prendre un doliprane (mais pour ça il faudrait quelle trouve léquivalent dans le rayon adjacent, et rien que lidée de se remettre à chercher un autre truc dans cette débauche de référencement lui donne des sueurs froides). Alors Madame Michu fait comme tout le monde, elle prend un peu au hasard, elle lit les étiquettes de deux boites, cherchant à comprendre pourquoi lune vaut le double de lautre alors que les contenus paraissent tant similaires
Là, son il glisse un peu plus loin, dans le rayon cold, et elle voit, dans une petite vitrine en verre, des boites de préservatifs scrupuleusement bien alignées et rangées Cest pour ne pas prendre froid ? Ou alors je nai pas tout compris ? Pourquoi sous verre ? Cest une petite exposition ? Je nai toujours pas trouvé de réponse Si vous avez une explication à me donner là dessus je suis preneuse.
Enfin. Madame Michu sest décidée. Elle a fini par trouver des pastilles et un sirop qui fait tout : calme la toux, fait tomber la fièvre, diminue la douleur et décongestionne le nez. Elle passe alors à la caisse et peut enfin rentrer chez elle pour (1) reprendre son calme et (2) se soigner.
Bilan de lopération : 23 minutes, passage en caisse compris. Frais occasionnés : 10 dollars.
Moralité : je ne sais pas vous, mais moi, puisque cest comme ça, je retourne en Europe me faire dorloter par mes chers parents qui se feront un plaisir de mavoir à la maison et de courir à la pharmacie pour me soigner
Nourris à grand coups de productions hollywoodiennes, partout sur la planète, des générations entières se pressent à sa porte, tels les gamins le nez collé aux vitrines Macys à lapproche de Noël, pour se frotter dun peu plus près au rêve, se prendre au jeu, se perdre dans Manhattan et sa forêt de gratte-ciels interminables.
Voir New York et mourir. Y être venu pour deux jours ou deux ans, le sentiment reste le même. Après lémerveillement, le choc culturel, on réintègre ses pénates, on reprend sa petite vie en rangeant proprement ses souvenirs sur une étagère que le temps se chargera dempoussiérer. Et puis un jour, bêtement, on allume sa télé, et on se prend au jeu du mange-cerveau, la bouche ouverte, et à crier à qui veut bien lentendre « cest New York à la télé, viens voir ! ». Comme si le reportage avait été fait juste pour nous, là, qui en revenons. Et cette bande annonce au cinéma, nouvelle production dont lintrigue se déroule encore et toujours à Manhattan.
Le cur, dépoussiéré, soupire alors, explose de souvenirs, et davoir trop expiré se crée en nous une sorte de vide étrange, de sentiment de manque, de vertige, le reportage est déjà terminé, la bande annonce achevée, et pourtant on en voudrait encore et encore
New York possède cet étrange effet sur les expatriés et touristes qui y ont posé le pied, de provoquer, telle une drogue, des effets de manque. On est en Espagne et on fronce le nez en sinstallant dans une salle de cinéma riquiqui, encore plus en entendant la voix doublée des acteurs. On sen prend à regretter New York, ses mangeurs de pop-corn, bruyants, affalés et greffés de sodas qui font slurp au paroxysme de lintrigue du film.
Tout vous y ramène. Informations, musiques, films, romans, politique, amis, parents. Certains jours il semblerait à vos yeux que le monde tourne autour de cette ville. Toutes les tendances semblent sy créer et en émerger pour ensuite lentement sinsinuer dans le reste du monde. New York est la ville de lavant première.
New York agit étrangement sur ceux qui y retournent, aussi. Sentiment partagé dhorreur et de nostalgie devant les amoncellements indécents de déchets attendant piteusement lhypothétique passage des éboueurs, au grand bonheur des colonies de cafards et rats qui y prolifèrent. Sentiment, aussi, plus optimiste. Fausse impression de chaleur retrouvée, dans les volutes de fumée émanant des bouches dégout, impression satisfaisante dêtre au cur du monde. De se poser dans son appartement minuscule, sendormir au son des sirènes de police et coups de frein des bus en se disant, pourtant « home, sweet home ».
Cest quelque chose que ceux qui ny ont pas été ne comprendront peut-être jamais. La dualité là aussi réside. On a beau être revêche et critiquer la ville à qui veut bien nous entendre encore une fois, on ne peut sempêcher dêtre heureux de la retrouver, enfin. Regardez moi ces américains qui ne savent même pas apprécier un verre de vin avec un morceau de fromage, et qui nous interdisent limportation sauvage de charcuteries. Regardez moi ces américains qui croient encore que la pizza est leur invention et que Paris est une ville des States. Regardez moi ces américains qui se demandent si la télévision existe en France et si nous avons leau courante. Regardez moi ces américains qui sont les seuls au monde à ne pas faire fonctionner tous leurs appareils électriques en courant alternatif 220 Volts. Jen passe et des meilleures.
Mais, une fois ailleurs, ce goût de fiel en bouche sefface et, le nez tourné vers la ligne bleue de lOcéan, on cherche à capter quelques effluves de cette métropole grouillante. Son odeur particulière. Son rythme effréné. Son assourdissant tumulte.
Tel le papillon de nuit trop attiré par la lumière, on aimerait toujours pouvoir retourner à New York, « pour voir comment la ville a changé », pour samuser simplement, pour y retrouver des connaissances. A dautres. Dites surtout quen vous est né ce sentiment de manque, cette impression de louper quelque chose en étant ailleurs que là. Déjà parti mais en esprit encore sur place. Sachant très bien, après toutes nos digressions fielleuses, quon ne voudrait pas y faire sa vie, oh non, car ce nest pas sain, trop de pollution, trop de gens, trop de cafards. New York est ceci : trop.
New York fait rejaillir ainsi rejaillir sur nous ce sentiment étrange et partagé. A la première occasion, à peine la fenêtre ouverte, le papillon dans sa précipitation viendra sy brûler les ailes
Quand je pense que les américains ont annexé lEurope, que leur manque de culture est devenu le nôtre, quils nous ont fourgué tout leur bric-à-brac absurde, leurs fringues, leur cholestérol, leurs images, leur musique et leurs rêves. Mais tout en oubliant lessentiel. Le bar.
Pas question de se laisser embobiner par lOncle Sam pour tous les irréductibles du ballon de rouge et du zinc des tabacs, les adorateurs de lapéro, les joyeux imprécateurs du pastaga, ceux qui ont décroché le cocotier quand survient linespérée tournée du patron. Les Français ont inventé le café mais ils ne sauront jamais ce quest un bar et comment on y boit.
Le bar new yorkais, cest le tabouret haut perché avec vue sur ce bas monde, et doù il vaut mieux ne pas descendre. Cest le barman qui ne sait rien voir, celui qui ne déchire pas nerveusement les tickets du tiroir-caisse en attendant le pourboire, mais qui vous offre le quatrième si on se sort bien des précédents, celui qui a compris que plus on offre plus on commande, celui qui ne cherche pas à gagner en glaçons ce quil perd en alcool, celui qui sait dire aux turbulents : « je vous loffre mais cest le dernier », celui qui vous propose de le suivre chez un collègue dès quil aura fermé.
Le bar new yorkais, cest le cadre supérieur qui ne croit plus aux charmes du zapping, le chauffeur de taxi qui se repose des dingues en déroute, les femmes de quarante ans qui nont ni sexe ni âge, et tout ce beau monde seffleure les coudes sans faire dhistoires, sans chercher à vendre son malaise, parce quaprès tout : chacun le sien.
Le bar new yorkais, cest des verres qui se laissent peloter sans quon puisse les renverser comme ça, un comptoir en bois lisse où peuvent se réconcilier deux équipes de base-ball en enfilade. Cest une barre en métal qui vous cale du tangage, cest le billet de vingt dollars quon pose devant soi et qui disparaît dès quon la éclusé. Dans un bar new yorkais, personne ne vous encourage à entrer, personne ne vous montre la porte. Dans un bar new yorkais, on ne racle pas le fond de sa poche dans lespoir dun sursis.
Les bistrotiers parisiens ne comprendront jamais.
Linstant suivant est devenu new yorkais, ma soudaine et agréable solitude, mon verre épais et lourd, rempli dun liquide épais et lourd, mon regard perdu dans les rangées de bouteilles, face à un serveur en veste blanche à qui on a envie de dire « le même, Jimmy. »
Mais déjà le ciel blanchit
Esprit je vous remercie.
De mavoir si bien reçu.
Cochers lugubres et bossus !
Ramenez-moi au manoir.
Et lâchez ce crucifix
Décrochez moi ces gousses dail !
Qui déshonorent mon portail !
Et me cherchez sans retard
Lami
Qui soigne et qui guérit
La folie qui maccompagne
Et jamais ne ma trahi
Champagne
Jacques Higelin
Le lecteur se rendra ainsi compte que la vie est pleine dimprévus qui remplissent les journées de sa chroniqueuse préférée.
1. Dire « Donostia » et non pas « San Sébastien » vous évitera quon vous prenne pour un touriste américain fraîchement débarqué. Bienvenue en Pays Basque.
2. Se promener dans la vieille ville et admirer les églises de San Vicente (XVIème siècle) et Santa Maria (XVIIIème siècle).
3. Se rendre compte comme dhabitude que le plan du guide du routard a oublié la moitié des rues et que lautre moitié a changé de nom, entre temps.
4. Essayer daller au musée mais là aussi, maudire le guide qui sest planté dans les horaires.
5. Dîner de pintxos.
Note. Le basque est susceptible. Chez lui on ne parle pas des tapas comme dans lEspagne castillane mais on de pintxos. On risquerait fort de vous prendre pour un touriste américain sinon.
6. Apprendre le basque pour survivre sans quon vous prenne pour un touriste américain Enfin au moins les bases. Le x se prononce ch et le k final est un s. Ainsi on notera que bonjour se dit Kaixo, Au revoir Agur et merci Eskerik asko (mais là, on est autorisé à se fendre dun Gracias si on a peur de postillonner sur son interlocuteur).
7. Visiter lAquarium. Donostia possède en effet une jolie collection de petits requins, dont la majorité sont nés à lAquarium. Qui fournit également une bonne partie des aquariums dEurope en plancton et algues. Qui leut cru.
8. Aller déjeuner au Kursaal, le restaurant de Martin Berasategui, chef basque de son état qui ouvre le XXIème siècle en mariant la cuisine traditionnelle locale à des trouvailles modernes de son invention. Succulent.
9. Digérer en se faisant la promenade jusquen haut du Monte Urgull, en allant doucement dans les lacets. La montée nest pas très longue mais tout de même. Et puis après le repas cest toujours difficile, mais nécessaire si on ne veut pas ressembler au touriste américain sus-cité.
10. Profiter du panorama en arrivant en haut. Pour admirer la ville que lon voit entièrement, avec la baie de la Concha, mais également pour souffler un peu. Cest pas quon soit un touriste américain mais tout de même.
11. Décider le soir daller sen mettre un coup derrière la cravate avec un baratton au milieu de ce panorama animé quest la vieille ville.
12. Passer dans un bar disco en attendant lheure douverture des boîtes (en théorie minuit, en pratique 1 heure, et en vérité avant 3 heures cest vide).
13. Se mettre minable au rhum coca (dites : una « cubata » por favor) ou à la sangria (application : una sangria por favor).
14. Réussir à sarracher sur le coup de 3 heures du matin pour aller faire un tour au Bataplan, temple de la techno local. Discothèque ultra moderne qui na rien à envier aux clubs hype de Manhattan, car elle donne sur la plage de la Concha et sa terrasse est fort appréciable.
15. Sémerveiller devant le prix des cocktails 6 Euros (et encore, pour la ville, cest cher).
16. Se commander un Mojito avec une paille et se le voir servir dans un verre à bière format pinte.
17. Agoniser un peu plus à cause de la fumée de cigarette.
18. Avoir les yeux qui pleurent et donc, finir par les fermer.
19. Sendormir sur la terrasse du Bataplan vers 6 heures, après avoir laborieusement achevé son Mojito.
20. Passer la barrière et terminer sa nuit, lové dans le sable, bercé par le bruit des vagues.
21. Se faire réveiller une heure plus tard par un régiment de mouettes toutes droit sorties de Finding Némo (A moi, A moi, A moi !)
22. Se réveiller en ayant la sale impression dembaumer le mégot refroidi et avec un sacré mal de cheveux.
23. Se relever, épousseter le sable et aller se prendre un café à La Perla, juste au dessus. En terrasse pour décuver.
24. Passer ensuite sa journée à dormir, soit au fond de son lit.
25. Ou, si le temps le permet, en maillot de bain sur la très chouette plage de la Concha (et sans les mouettes), histoire de faire dune pierre deux coups et de bronzer un chouia.
26. Se faire détremper sa serviette de bain pour avoir oublié que les marées de lOcéan Atlantique ont une envergure de plus de 40 centimètres, contrairement à la Méditerranée.
27. Avant de rentrer chez soi le soir, faire une escale dans une pharmacie pour senquérir de léquivalent local de la Biafine.
28. Se réjouir davoir une colloc compatissante pour se faire tartiner le dos de la Biafine sus-citée.
29. Se réconcilier avec la vie devant une assiette de churros et de chocolat brûlant.
30. Réussir à terminer le chocolat sans sétouffer. Une fois refroidi, il ressemble plutôt à de la crème Mont Blanc.
31. Se faire poser un piercing moins cher quen France.
32. Souffrir ensuite en se rendant compte que piercing non cicatrisé et sable ne font pas vraiment bon ménage.
33. Sortir dans la rue sans parapluie.
34. Rentrer dix minutes plus tard dans la première boutique venue pour sabriter.
35. Se racheter un parapluie dès que possible.
36. Se le faire arracher par une bourrasque de vent deux jours plus tard.
37. Décider dinvestir à long terme : dans un imperméable avec capuche.
38. Aller voir un film sorti quatre mois plus tôt aux US.
39. Mourir de rire devant le doublage en Espagnol.
40. Se rassurer plus tard avec la version en DVD qui permet le choix en VO.
41. Profiter de lécole de coiffure du coin et aller se faire couper les cheveux pour la modique somme de 5 euros.
42. Aller se ruiner au casino.
43. Une fois bien ruiné, rentrer chez soi et se remettre au rythme de vie pépère de la ménagère de moins de 50 ans.
44. Couch-potato-iser devant la téloche.
45. Rester des heures devant des programmes gnan gnan parce quil ny a pas de télécommande (à part vous).
46. Se lever pour aller faire la bouffe.
47. Se rendre compte dimanche matin que le frigo est désespérément vide.
48. Râler, évidemment On reste français quelque soit la situation.
49. Réaliser dimanche matin que les supermarchés vont rester fermer jusquà lundi matin, 9 heures.
50. En profiter pour dégivrer et nettoyer le frigo sus cité, puisquil est vide.
51. Et, en vrac, on peut alors aussi : passer laspirateur, laver par terre, faire les vitres, la poussière, une petite lessive, du repassage, etc.
52. Envisager de racheter un vélo doccasion pour se balader plus facilement dans la ville.
53. Réaliser ensuite quil ne passe pas dans la cage dascenseur et que la co-propriété en interdit le stockage dans lentrée.
54. Le laisser cadenassé au banc devant son immeuble.
55. Sen servir de temps en temps pour sortir, en le remettant toujours au même endroit.
56. Se rendre compte un matin que des petits malins vous lont piqué en prenant bien soin de vous laisser le cadenas au cas où vous décideriez den avoir un autre à leur refiler.
57. Jurer en français jusquà plus soif sur tout le trajet à pied jusquà lUniversité.
58. Tenter de rester éveillé autant que possible pendant les quatre laborieuses heures de cours de la journée.
59. Sortir de cours et trouver sur le parvis de votre Université un chaton qui vient de se faire à moitié écraser, le train arrière paralysé.
60. Décider de se la jouer bonne samaritaine et de lamener chez un vétérinaire.
61. Abandonner lidée une fois que la bestiole vous a mordu jusquau sang.
62. Courir à la pharmacie la plus proche qui vous rassure en vous disant que si votre main enfle trop, cest peut-être la rage, il faudra appeler les urgences.
63. Passer le reste de la journée à surveiller sa main et la voir bleuir doucement, le téléphone à portée de lautre main valide prêt à dégainer le 112
64. Vérifier tout de même dans le dictionnaire comment on dit « mordre » et « bleuir » au cas où les urgences le demanderaient.
65. Aller se coucher après avoir ingurgité une aspirine, au cas où.
66. Se réveiller le lendemain matin et réaliser que la main a viré au rouge uniforme.
67. Entamer des fouilles archéologiques pour dégoter le formulaire E111 qui permet de bénéficier des soins médicaux dans lUnions Européenne sans débourser un centime
68. Se souvenir que vos parents vous ont changé de mutuelle (le remboursement via la nouvelle sera tellement plus facile)
69. Aller prendre lEusko Tren, alias Topo du Pays Basque, qui vous emmène en 35 minutes à Hendaye en territoire civilisé où la Carte Vitale règne en sauveuse.
70. Se diriger vers la pharmacie judicieusement implantée devant la Gare.
71. Expliquer calmement pour la n-ième fois ce qui nous amène.
72. Sentendre dire que cest grave et que comme on est samedi oublier le médecin et aller directement aux Urgences.
73. Monter dans un taxi et lui indiquer les Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz. Avec le sourire, parce que sil apprend que vous risquez davoir la rage, il va vous évacuer au premier feu rouge venu.
74. Ne pas le mordre, donc, le pauvre homme.
75. Arriver aux urgences à 9h32 a.m. tapantes.
76. Remplir le formulaire machin chouette qui demande pourquoi vous êtes venu (là, se féliciter que le chat nait pas mordu la main avec laquelle vous écrivez parce que vous nêtes pas encore un expert en écriture avec le pied ou la bouche)
77. Aller se morfondre dans la « salle dattente des familles » où la clim est trop forte, et le ficus se prend au jeu de lautomne en laissant tomber gaiement toutes ses petites feuilles.
78. Constater que pour linstant vous ne bavez pas encore (cest peut être pas encore la rage ?)
79. Imaginer des tas de morts différentes à cause de cette foutue blessure, dans le laps de temps que vous laissent les « Urgences » pour dépérir tel le ficus sur votre chaise dans la salle dattente.
80. A 10h48, voir arriver une infirmière et se faire conduire dans une « salle de soins » où lUrgentiste arrive de suite.
81. A 11h13, expliquer calmement pour la n+1-ième fois à lUrgentiste qui vient darriver que vous avez soit le Tétanos, soit la rage, soit le Cancer du Sida (et que sil ne se dépêche pas un peu plus vous allez le mordre, dans un pic de rage).
82. Le laisser vous tâter la main et appuyer là où ça fait très mal, toujours sans le mordre (quelle maîtrise de soi).
83. Chercher désespérément à se rappeler quand est ce quon a fait notre dernier rappel de vaccin contre le Tétanos pour éviter une piqûre.
84. Se laisser conduire dans la salle dattente de traumatologie (« au cas où ce soit très infecté on va faire une radio »).
85. A 11h27, aller patiemment sasseoir dans la salle de radiologie numéro 4, deuxième porte à gauche.
86. Avoir le temps détudier le décor de la salle en attendant le radiologiste en retard. Imaginer encore une douzaine de fins atroces dont la gangrène purulente.
87. A 11h38, se retenir de ne pas grogner ou baver quand le radiologiste manipule sans douceur votre mimine douloureuse pour la placer comme il lentend sur la plaque afin de procéder à la radio, on ne bouge plus mademoiselle.
88. A 11h41, se faire reconduire dans la salle dattente des familles avec le ficus pour qui on approche de lhiver à grands pas.
89. A 11h58, se faire appeler par lUrgentiste qui vous prescrit lantibiotique « tueur de germes quels quils soient », et de lanti-inflammatoire/antidouleur à 1200 mg/jour (limite à ne pas dépasser sous peine dun retour express aux Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz).
90. Se faire ramener par le brave chauffeur de taxi de tout à lheure qui est rassuré puisquon na pas la rage et tient donc absolument à vous faire la conversation.
91. Etre dune zénitude absolue grâce aux médicaments quon vous a prescrits.
92. Feindre lendormissement pour éviter de répondre aux questions du brave chauffeur de taxi (« et vous parlez basque ? Et vous habitez ici ? Et je suis pas trop curieux ?)
93. Rentrer chez soi et se préparer son petit cocktail de médocs miam miam.
94. Sécrouler pour une sieste bien méritée vous et votre main violette (oui, entre temps elle a viré au violet).
95. Se réveiller sur le coup de 17 heures et voir quil fait toujours beau.
96. Entendre à la radio quil fait presque 30°C et quon est un des points les plus chauds dEurope en ce début de mois dOctobre.
97. Aller se promener un chouia pour décompresser.
98. Appeler ses parents et leur dire quen fait on nest pas encore mort, malgré le petit côté tombe-en-ruine de votre main.
99. Respirer lair pur, admirer la beauté de lOcéan.
100. Regretter New York et sa pollution, pourtant.
101. Se motiver pour écrire les Lundis de Dolce Vita, et sous pression de son fan club, trouver « 101 choses à faire à San Sébastien »



