Lexpatrie fait en permanence face a ce cruel paradoxe : partir et vouloir rester, eternel dilemme. Envie dailleurs et peur de louper quelque chose en quittant cet ici rassurant. Un parent qui decline, une naissance a venir, des amis tout simplement. Tout ce petit monde qui se presse le sourire aux levres et le coeur gros, quand vous partez, a grand coup de bon voyage, bonne chance, ecris nous !
A la bonne heure, boheme nous voila, partis bien accorches, deracines, heureux pour un temps, malheureux comme les pierres et en extase devant notre nouvelle terre. Les amis avec le temps seffacent faute de nouvelles, on na pas voulu prendre le temps de les appeler, de leur rappeler quon les aimait toujours, quon etait la. Alors ils ont oublie, continue a construre leur vie, la votre entre parentheses. Quand on rentre tout a change, ils nont pas attendu, ne vous attendent pas forcement. Non, tout le monde ne va pas se jeter a vos pieds parce que vous rentrez pour trois jours. Lanniversaire du petit dernier, le week-end chez Mamie prevu depuis des lustres, tu comprends, il aurait fallu que tu nous dises plus tot, attends je te rappelle, je dois moucher le chat.
Oui, mais moi, plus tot je ne sais pas et je ne peux pas. Je vis dans une ville tourbillon, sur un mode instantane ou je lance mes soirees a la derniere minute comme je rentre en Europe en coup de vent. Autour de moi on agit de la sorte, la norme pour moi est de ne pas prevoir si loin. La norme pour moi est de croire quon mattend comme le messie lorsque je pose un doigt de pied sur le vieux continent. On ne se comprend plus. On a vecu tant dhistoires, vu tant de choses differentes On evolue dans cette metropole grouillante qui fait rever tant desprits, nous. On voudrait parler de ce quon ressent, on nous demande de causer architecture. La fissure nait de lincomprehension, de ce froncement de sourcil annonciateur de faille, de cet instant ou lesprit se demande pourquoi lautre qui auparavant aurait dit oui, fait maintenant la moue et nen veut plus rien savoir, veut juste boire nos paroles et sextasier sur LA ville.
Impression dechirante de toujours laisser derriere soi une partie de sa vie, sans savoir bien pourquoi. Saigner mais partir, et dans nos yeux rives vers lailleurs, les larmes de memoire brouillent limage de notre devenir que nous voulions net et qui ne lest pas, qui ne lest plus.
On se retrouve sur un autre continent, une autre terre promise, perdu, seul au milieu de la foule avec cette envie irrepressible de crier sa joie et son desaroi. On apprehende, on est heureux, on est triste a la fois, detonnant melange qui au moindre souci fait exploser le contenu delicat, rires ou fontaine, cest selon.
Ah la boheme ! Parlons en. Une valise dans chaque main et nos yeux pour pleurer. On voudrait laventure sans le dechirement continuel des departs sur fond dannonces de compagnies aeriennes. Si Kleenex devait remercier une communaute, ce serait celle des expatries.
De cette boheme repetitive, de ces departs diluviens, de ces valises trop portees nait un sentiment etrange, qui, parfois, genere un instant de malaise autour de nous. A trop dire au revoir, on a parfois perdu le gout de chercher a connaitre, a connaitre veritablement, les ames quon cotoie. Parce quon sait que dans un mois, six mois, un an, on ne les reverra plus jamais. Alors quoi bon ?
Lexpatrie perd ce cadre rassurant du pays quil connait, de ses amis toujours la, du supermarche au coin de la rue, Madame Michu qui sort Mirza a 8h12, quil pleuve, quil vente ou quil neige. Lexpatrie perd lhabitude. Cette habitude, douillette, rassurante. Pas etonnant qua New York ou Singapour il se raccroche au premier francais venu. Il a besoin malgre tout de croire en sa vie ici, quel que soit la duree de son sejour.
Et cest la son paradoxe. Il se veut aime ici ou la, entoure et cajole, cherche a connaitre autour de lui, mais diantre, pas trop Sinon il sattacherait, un peu, beaucoup. Alors il sort, fait croire quil est heureux comme ca, qua New York, il est le roi du monde, danalyste financier il sinvestit et sinvente une couverture de trader, et se perd dans loubli des nuits interlopes de Manhattan. De peur, peut etre, quil ne se rappelle ce quil a laisse, la bas, en France ou ailleurs un amour, sa famille, ses souvenirs. Vague a lame quil repousse a coup de Chasse-Spleen vendanges tardives. Melancolie qui reprend en soupir majeur au cri strident du reveil matin.
Il shabitue pourtant, oui, car on shabitue a cette nouveaute offerte, on y recree ainsi un microcosme cocon pour faire le paon en soiree et flaner chic. Nest pas a New York qui veut.
Un jour pourtant, on reprend la route, on tente denfermer a jamais dans une malle des souvenirs qui ny tiennent pas, on partage, on donne, on jette, on soupire, on pleure, on tasse, on se tait, cest fait, cest ferme.
On passe sa vie mal assis sur le fauteuil decharne dun aeroport a regarder les touristes qui font voyager leurs appareils photos. On a le coeur gros comme la ville au milieu de cette joyeuse indifference qui defile autour de nous.
Partir, cest mourir un peu. On se veut fort, mais notre carapace craquelle vite aussi
Dernières nouvelles du front new-yorkais.
Enfin, New-Yorkais, pas tant que ça ces derniers temps, étant donné que j’étais à Montréal le week-end dernier. Avec un jour de congé en plus, ce lundi, cela fait des petites vacances tout à fait acceptables.
Samedi, on est arrivé à vers midi à l’aéroport (oui, les stars prennent l’avion, c’est bien connu), le temps de poser les bagages à l’hôtel, et de partir se balader, ça nous a laissé toute l’après-midi. On a marché jusqu’au vieux port via Chinatown et la vieille ville, la place d’Armes, etc. … Ensuite, on a retraversé la ville dans l’autre sens via le quartier des affaires (désert, un samedi après-midi, certes), et un petit bout des galeries de la « ville souterraine », et jusqu’à l’Université Mag Guill.
Samedi soir, fatigués, on est allé dîné dans un petit restaurant près de notre hôtel avant de s’écrouler.
Dimanche, levé vers 10 heures, on est allé nager comme des braves sportifs à la piscine de l’hôtel, pour nous donner bonne conscience et aller se faire un brunch dans la foulée ! Ne connaissant pas assez la ville, on a demandé conseil au concierge qui nous a aignuillé vers le Lutécia, restaurant de l’Hôtel de la Montagne. Pouru $ 35 (canadiens), c’était gargantuesque. Buffet d’entrées pour commencer - carpaccio de saumon et St Jacques, bagels divers et variés… - après cela, on a eu un peu plus de mal, car le brunch enchaînait sur trois plats. Un œuf poché aux épinards (jusque là, ça allait), puis un pavé de saumon grillé (après ça je n’avais plus très faim) et une tranche de rôti en sauce avec petits légumes et gratin daufinois (là, j’ai carrément calé)…. Sachant qu’après, il y avait un buffet de fromages et desserts à tomber par terre – entre autres de la mousse au chocolat blanc et des réductions sucrées avec des fruits : à se damner.
Ensuite il a fallu se lever de table… dur !
On est allé l’après-midi au Parc Mont Royal pour s’oxygéner et éliminer un peu. On a marché jusqu’à la croix au sommet via le Bélvédère pour avoir le point de vue sur la ville et on est redescendu de l’autre côté en passant par le lac aux castors – sans castors mais bondé de pique-niqueurs.
Lundi, session culture, on s’est fait deux musées. La biosphère qui est sur l’île St Hélène d’abord. L’architecture est intéressante, toute en tubes de métal, comme une géode en suspension. On a un très joli point de vue sur la ville depuis le sommet. Par contre, le contenu eset bof. Le musée est surtout fait pour les enfants.
L’après-midi, on est allé au centre archéologique, voir une expo sur les origines de Montréal et une expo sur l’Océanie. On voulait au départ se faire le musée des Beaux Arts, ou celui d’Histoire, mais c’est fermé le lundi… arf arf.
Le soir, on a dîné dans un petit restaurant grec sur le « plateau », quartier français s’il en est.
On a eu de la chance : du beau temps tout le week-end. Ce matin, levés à 4h (yuk) pour prendre l’avion et j’étais à 9h tapantes au bureau… ca va être plus dur cette après-midi…
A part ça, le reste de la semaine précédente a été très new-yorkais, avec le pot de départ d’un grançais lundi soir, dans un lounge de l’East Village, mardi soir les « French Tuesdays », soirée franco-américano-supdeco sur le toit d’un immeuble midtown (on n’aime pas mais on y retourne… allez comprendre) etc…
Seule consolation pour cette semaine qui commence : elle va être courte d’ici vendredi 13 heures !
Ce matin, forte de mon ardeur au travail, jenvoie un email au planneur stratégique dun programme sur lequel nous planchons, et la réponse tombe telle un couperet quelques instants plus tard Out of office auto-reply. Mais quelle réponse
gone golfing be back August 12. Certes, on sait bien que sur les terrains de golf se décident les plus gros contrats de la planète, mais, justement, je ne vois pas ce quun planneur peut décider de ce coté-la.
Ce qui ne fait que renforcer le constat que, non, en effet, on nenvisage pas exactement le travail de la même façon de ce coté-ci de lOcéan.
Personne en France ne mavait jamais dit Je me sens un peu fatiguée ce matin. Je vais me faire une petite pause shopping, 20 minutes, et je reviens, ça me réveillera.
Je ne soupçonnais pas non plus quon puisse venir avec son chien au bureau et le poser sur ledit bureau, pour la journée. Note au cas ou vous voudriez essayer cest toujours plus facile à faire avec un caniche nain quavec un pitbull. Surtout si vos collègues ont souvent besoin de venir récupérer des dossiers sous le chien.
Ma boss ne maurait jamais demande de garder son caniche nain sur mon bureau pendant quelle partait faire une pause shopping pour se réveiller en précisant devant mon indécision que je navais pas à minquiéter parce quil avait déjà baptise ses dossiers à elle une heure auparavant
Nota : si elle avait eu un pitbull je pense que jaurais refuse tout net.
Il était totalement inconcevable pour moi denvisager de me faire faire une manucure pendant mes heures de bureau
encore moins au bureau, en conference call, haut parleur en marche, et la manucuriste qui sactive sans piper mot sur une main pendant que lautre sénerve à égrener les documents dont on cause dans le poste.
Personne naurait eu lidée de dire Je ne serai pas au bureau aujourdhui, je suis partie golfer. On aurait prétexte une réunion à lextérieur, un déjeuner daffaires à la rigueur, on aurait avance de sacro-saintes raisons personnelles, mais jamais au grand jamais le fait daller promener ses clubs de golf. Et on n'aurait surtout pas fait une semi phrase façon partie golfer. De retour le 12 août. On aurait enrobe et joliment brode.
La grande cheftaine de lentreprise naurait pas de personal assistant pour lui dire quelle couleur de foulard saccorde le mieux avec liris de ses yeux ou aller chercher ses tailleurs chez le teinturier à 18h30 dans lUpper East Side alors que nos bureaux sont MidTown.
Jen passe, et de meilleures ! Je crois quon a tous nos petits chocs au bureau !
--------------------
Plus généralement, je nétais pas passée experte ès politiquement correct (PC)
Quand je suis revenue chez X
cette année (je préfère garder lanonymat de la société dans laquelle je travaille pour des raisons diverses et variées), une de mes collègues était plus la. Mais ou était-elle passée ? Réponse de la grande boss : elle sest mariée, et elle voulait consacrer plus de temps à son couple. Réponse de tous les autres, qui ont assiste au départ : elle sest fait virer.
Le politiquement correct excelle dans les tournures employées pour annoncer un licenciement. Société Y, années difficiles post krach de linternet business : Mr. X will be winding up his duties on the Professional Services team at the end of this week. Unfortunately, the projects department does not have sufficient work to allow us to maintain our current staffing. During his two and a half years with Y, X has helped guide us through some challenging projects (
) His personal and professional responsiveness to these customers help us finalize the projects while maintaining good customer rapport. Thanks, X for a job well done!. En dautres termes on taime bien, mais on na pas le sou, tu coûtes cher, donc fais ton carton sans rechigner". Fallait-il vraiment embellir autant pour dire cela ?
Et le mieux, le voici : e-mail annoncant le licenciement de Monsieur X travaillant pour la société Y : « As some of you know, Y has successfully impleted Tasks 1 thru 6 of the xyz project at XXX in the past few months. It has been a challenging and rewarding project for Y over the past few years. As the core project winds down, I want to thank the entire Y team for their help in making this important project a success. In particular, I want to thank X for his stewardship in his role as Project Manager. It is not easy to steer and manage such a complicated set of tasks - especially given the entrepreneurial nature of our company and the bureaucractic nature of the customer. Well done, X!
Substantively, the project has reached a significant end point, so X will be winding up his role with Y at the end of this month. He will spend the next few weeks tidying up loose ends. I know you'll join me in wishing X every success as he looks for another project opportunity where his contributions are bound to lead to another success story.
Pour moi, c'est un monument de politiquement correct. "Machin, tu es le plus intelligent, le meilleur, le plus fort, le plus beau. Bon, maintenant vas voir ailleurs si tu peux être utile, parce que là tu nous coûtes vraiment trop cher maintenant que le projet est terminé."
Le politiquement correct sinsinue dans tout, du matin au soir. Lemployé PC arrive le matin avec un sourire ultra bright pour vous demander comment vous allez sans en attendre la réponse dailleurs, tout est matière de protocole PC
Tout doit briller. Le bureau de lemployé PC est un miracle de propreté, cela va sans dire.
Quand lemployé PC a un souci parce que la réponse du client se fait bien trop attendre pour pouvoir ensuite respecter les délais impartis, employé PC ne perd pas son sang froid en hurlant que lautre crétin ferait mieux de se bouger, et rapidement, sinon il va lavoir dans los et je suis polie. Non. Lemployé PC e-maile ou téléphone, de la façon la plus délicate dear customer, please kindly note that in order to keep on with the delivery, we would need your final comments by the end of the day. Thank you for your understanding. Et lemployé PC ajoutera même à la fin Have a good day. Alors que nous, on espère, à la limite, que les méchants de lautre cote du poste, vont se prendre les pieds dans le premier tapis qui vient, et sy casser le nez, et ce sera bien fait parce que nous, entre temps, on risque de se faire taper sur les doigts
Cest à ny rien comprendre.
Le PC a cela dapaisant pour le Français qui démarre au quart de tour de lui apporter la tempérance qui lui fait défaut. Mais autant cette tempérance peut être salutaire à quelque Américain surstressé et overbooké, autant le Français rageur finit par bouillir devant tant de mièvrerie affichée.
Moralité ? La prochaine fois que je nai pas envie de sortir de mon lit pour aller braver le vaste monde, je dirai que jai un rendez-vous immanquable avec mon personal trainer, pour faire une manucure avant daller golfer. Mais je le dirai avec le sourire ultra bright : sinon ce nest pas politiquement correct
______
Un grand merci a Zzugy pour sa participation à la mise en forme de larticle ainsi que pour la recherche de cas réels.
Nombre de pages de forum : 13 pages
Ingrédients :
- deux niou-jerziens pourvus de voitures accueillantes
- jusquà cinq personnes par véhicule à discrétion des conducteurs sus cités
- des téléphones portables en état de marche afin détablir une communication multidirectionnelle entre les véhicules
- une carte routière détaillée du New Jersey
- maillots de bain, serviettes
- ballons et autres jouets
- lattirail du pique-niqueur avisé
- du cheddar en spray
- de la crème de marshmallow
- des ombrelles pouvant à loisir se trouver usitées en parapluies.
Le tout étant évidemment possible grâce au soutien de la météo locale, weather.com et confrères.
1 . Mise en route et préparation
Laissez la grande prétresse dENY lancer lidée dune plage dans le New Jersey notez que loption « plage dans le New Jersey » navait pas véritablement été évoquée dans notre rubrique « Comment aller à la plage » - et mettez à décanter sur le site. Les personnages phare du petit village gaulois étant dans une phase de flemme passagère entre létude passionnée de deux dossiers au bureau, on arrive bien vite à un compromis qui satisfait tout le monde au bout dune semaine, 13 pages de forum émaillées de « oui non mais euhhhh », « moi jdis ça, jdis rien, chuis dla campagne », « cest trop pinjuste » et autres expressions copyrightées, 45 coups de fil et du chantage à faire pâlir denvie tout marchand de tapis qui se respecte.
Bref. On arrive donc, à défaut de se mettre exactement daccord avec lentrain de nos 20 printemps, à se contenter dun départ aux aurores 10 heures à Pavonia-Newport, le samedi, et non pas le dimanche comme défini au départ, parce que Seigneur Météo a entre temps changé son fusil dépaule.
2. Léveil
Arrive en effet à 10 heures le gros de la troupe non pas Obélix (qui, soit dit en passant, nest pas gros, juste un petit peu enveloppé) mais la majorité des comparses. On se demande juste pendant une petite demi-heure si lArlésienne alias La Traviata pointera le bout de son nez alors quon en est encore baba devant la ponctualité dAmbre, réputée pour être toujours à lheure, mais pas sur le même fuseau horaire que les autres. Lextase retombe vite car la sus citée Ambre part à la recherche du supermarché perdu avec quelques autres, histoire de se mettre sous la dent autre chose que du sable (le sable, cest bien, mais pas top). Entre temps la Traviata débarque, lunettes de soleil et kit main libres, en grande conversation, sûrement avec son broker
3. Le grand départ
Aussitôt dit, aussitôt fait, voilà les EntreNewYorkais enfin sur la route A sensiblement 11h20, après des courses assez dignes pour nourrir tout un régiment à la condition quil accepte de se sustenter de cheddar en spray, crème de marshmallow, jambon sous vide carré, diet coke, chips, crakers, pain crousti-mou et brie ben dchez nous , la décision délicate de savoir qui monte dans la voiture de qui et pourquoi, et un passage éclair à la pompe à essence. Il paraît que ça a un nom, cela sappelle linertie dun groupe.
4. La route.
a. la théorie.
Dixit Bison Futé. Partir de Pavonia-NewPort et se rendre à Cape May, environ 160 miles, évalués à deux heures de route. De la highway en majorité, bref un petite promenade de santé.
b. La pratique.
Bison Futé ? Ce mec là na décidément aucun entendement raisonnable.
Le vendredi soir et le samedi matin, tout le monde prend sa voiture pour se rendre dans le sud du New Jersey, direction Cape May via Atlantic City, ce qui est, comme par hasard, exactement le trajet que nous avions aussi décidé de faire.
Au bout de sensiblement quatre heures, on navait toujours pas atteint Atlantic City, on avait fait une halte technique pour se faire bouffer par les moustiques dès louverture des portes, il flottait, et compte tenu des contraintes dhoraires pour la soirée de certains, on envisageait un plan B. On planta son doigt sur la carte pour évaluer les possibilités. Atlantic City, 15 miles accessible en deux heures, probablement, Mystic Island, petite plage isolée, 15 miles, deux cent moustiques, probablement, Long Beach Island, 5 miles, moins dembouteillages, bon compromis, probablement. On opta donc pour la dernière option, après les retrouvailles des deux voitures à un point de repère infaillible le long de la route : le Mac Do du carrefour. On avait lair moins fringants quau départ, dans un des deux véhicules, les passagers ayant essuyé une bataille au cheddar en spray des plus décapantes, les autres se demandant encore sils nauraient pas mieux fait de rester au fond de leur lit, vu la couleur du ciel et tout ce quils avaient déjà supporté. Les voyages forment la jeunesse ? Non. Les voyages forgent le caractère.
5. La plage, enfin
Vers 16 heures, on arriva enfin sur la grève. Bonheur décalé dune dizaine de français sextrayant de leurs voitures pour sélancer sur la plage, étaler leurs effets, jeter leurs vêtements, et courir vers lOcéan pour plonger dans les vagues. Histoire de re-situer la scène, avec, en option, les parapluies. On vous le répète, il pleuvait Peu nous importait. Il ne nous en fut que plus facile dentrer dans leau sans subir le classique choc dû à un différentiel de température des plus désobligeants (soleil brûlant vs. eau froide) et faire les fous dans les vagues, entre les vagues, sous les vagues puis dans le sable, avec un ballon de volley etc. Le plus délicat était ensuite de se motiver pour sortir de leau, se rendant compte quil faisait plus frais hors de lOcéan que dedans, se sécher par habitude plus que par conviction sous la pluie et se battre pour manger un sandwich décent, sans kronch kronch de sable en invité surprise. Tout ça en expliquant aux mouettes que le pique nique était à nous et pas à elles, et à Ambre que, non, on a pas envie de goûter la crème de marshmallow. Au final, on a vaincu les mouettes, mais Ambre a été plus têtue que nous, se battant dabord avec LaTulipe, pour une sombre histoire de brownie quon ne veut pas démêler, et on a fini par tous se retrouver avec une couche de crème chimique goût marshmallow, qui sur lépaule, qui sur le genou, qui dans les cheveux, qui avec du sable.
La palme du lancer de projectile revient cependant à Arnulfe, qui, sur une génialissime idée dun de ses neurones parti en vrille dans son cerveau, récupéra le morceau de brie bien coulant pour le lancer sur LaTulipe, estimant certainement que son décolleté avait besoin dune couche de crème odorante supplémentaire.
On a toujours pas compris pourquoi, mais cest à ce moment là quon sest dit quil était temps de plier bagage avant que ça saigne. On nest jamais trop prudent.
6. Le retour
Epuisés par tant daventures, forts de notre journée épique, on sest repliés vers nos voitures. Un peu plus mouillés, un peu plus fatigués, un peu plus collants de sable, deau salée, de crème de marshmallow et de brie ben dchez nous mais bien plus calmes. Il restait pourtant une bombe de cheddar
Le retour nous a sensiblement pris deux heures, puisque dans ce sens de circulation et un samedi soir, personne navait denvie pressante de retourner à Manhattan à part nous. Enfin, deux heures, après décision ultra rapide de savoir qui allait monter dans la voiture de qui et pourquoi Temps estimé de la décision ultra rapide : euhhhh Ÿ dheure, pourquoi ?
7. Epilogue
Il paraît que cest très joli, Cape May, avec ses maisons victoriennes et sa plage, sous le soleil Moi je ne sais toujours pas, mais en définitive, on aura passé une bonne journée sans prendre aucun coup de soleil, avec beaucoup de fou rires, des photos qui vont séchanger à prix dor sur Internet et certes quelques pétages de plombs.
Quelle épopée par Toutatis ! Cette expédition avait un petit air de zizanie sur la fin Reste désormais à déterminer dans la smala, qui dissimule sous ses traits angéliques une âme de Tullius Détritus A moins quils ne soient plusieurs Une conspiration !!! Damned, nous sommes faits !
Tout vient à point à qui sait attendre, certes, mais tout vient surtout à point à qui sait attendre longtemps. Bref. La niouzlettre tant esperée la voici – bien que vu le taux de retour je commence sincèrement à avoir l’impression d’écrire dans le vide.
Où en était-on ? A force, je ne sais plus.
Le panorama Wathne a un peu changé depuis hier. Je peux enfin me décharger de mes fonctions de chef parachuté, l’entreprise a recruté une remplaçante pour ma boss. Qui travaillait chez un concurrent, pour Estée Lauder aussi, elle connaît donc le métier et le client, ce qui lui permet de se couler dans le poste. Ironie du sort, c’est moi, la petite stagiaire qui part dans trois semaines, qui suit chargée de la former pour tout ce qui a trait à Wathne : tableaux de bord, suivis de production interne, présentation au staff de Hong Kong etc. …
A part ça, en vrac, car mon cerveau est fatigué d’avoir trop pensé ces derniers temps – ça vous tue une Dolce, des responsabilités pareilles, mine de rien – j’ai fait pas mal de choses ces deux dernières semaines. Entre autres, je suis allée à Bryant Park voir des projections cinématographiques en plein air.
Il y a deux semaines, on était allé voir Love Story.
Hier soir, changement de registre, on a vu un vieux film de 1939, « Mr. Smith goes to Washington », qui dépeignait fort bien le panier de crabes qu’est le monde de la polique, et la façon dont les médias font la pluie et le beau temps sur les élections. C’était intéressant et très actuel. C’est avec ce genre de films qu’on espère faire changer le panorama polique aux Etats-Unis (A bas Bush !).
Dimanche, on s’est fait un pique nique de la mort qui tue (sisi), à Central Park – c’est ici (http://dolcevita.over-blog.com/article-278730.html) pour ceux qui auront le courage d’aller me lire un peu plus ! Central Park est notre point de chute du week-end. Entre autres, on s’est aussi fait un goûter (oui, un goûter, vous avez bien lu !) avec tartines, pain frais, beurre, confirues et pâte à tartiner aux noisettes (mais de la faite maison, à côté de ça, le Nutella, c’est vraiment pas bon… c’est pour dire). Et aussi un brunch chez Gascogne, un restaurant français de Chelsea qui a une carte à faire saliver et un joli jardinet pour en profiter. Attention, jardin non climatisé : on meurt de chaud assez rapidement.
Pour faire passer tout ça, il a bien fallu faire un chouia de sport aussi… (du quoi ?). Avec un copain, on est donc allé nager à Chelsea Piers le week-end, avant de se (re)poser sur la terasse du complexe, une jetée tout en bois sur laquelle on s’installe nonchalemment sur son transat en regardant la ville s’agiter, et les bateaux passer sur l’Hudson River en laissant filer l’après-midi avec un roman, ou juste en mettant son cerveau sur off, et c’est appréciable.
Je suis allée au ciné voir The Bourne Supremacy, la suite de The Bourne Identity, lqui est bien mais pas fantasmagorique. Ca fait un bon film d’aventures (le nouveau James Bond ?), mais pour ceux comme moi qui ont lu et aimé les romans de Ludlum dont est tiré le film (La Mémoire dans la Peau), c’est décent car le réalisateur a pris bien trop de libertés. Entre autres : dans le livre, Jason Bourne a plutôt le profil du baroudeur allant sur ses 40 ans, alors Matt Damon dans le rôle, bof…
Je suis aussi allée voir The Village, le dernier de Night Shalamalayablabla (euh….), le réalisateur de 6ème Sens, Incassable et tout ça machin. L’idée est bien, la réalisation traîne en longueur, la fin est finalement prévisible. Le suspenses n’est pas aussi bien entretenu que pour 6ème Sens, mais ça se laisse regarder.
A part ça, je compte aller faire un petit tour à Montréal le week-end du 20 au 22 août – Pier-Luc si tu es dans les parages, ça me ferait plaisir de te revoir.
MERCI à tous ceux qui ont décroché leur plume et dont la prose orne maintenant mes murs au Webster : Magali, Céline, Florence et Gaëlle, entre autres.



