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Lundi 9 août 2004

Point ne suffit de s’amuser à jouer les demi-felins bottés, il faut de surcroît assumer et gentiment poster l’article tant attendu du lundi de Dolce Vita. Qui s’est fait attendre, certes, mais n’ai-je pas jusqu’a minuit dernier carat, cachet de la poste faisant foi ?

Cette semaine, pas de chronique. La faute à EntreNewYork – parce qu’il faut bien que ce soit la faute de quelqu’un d’autre. Hier j’ai ete trainée, presque de force (arfarf), à un pique-nique. Attention, pas un pique-nique avec n’importe qui. Nonon. La crème de la crème. Un pique-nique EntreNewYorkais. Enfin surtout Entre Francais. Mais bon. Bref. C’etait tellement bien que je suis revenue chez moi avec un gateau à peine entamé et une grosse bosse sur la tête. (Cherchez l’erreur). Et contente avec ca….


Tout commence lorsque de petits francais tout frétillants de sentir le weekend approcher lancent cette joyeuse idée : Et si on se faisait un pique-nique dimanche a Central Park ? Cinq pages de forum plus loin, en une apres-midi – un vendredi, était-il besoin de le préciser, vu l’ardeur des membres à répondre prestemment à toute suggestion culinaire, et l’on se décide pour se retrouver sur le coup de 13 heures à Strawberry Field, Central Park. Evidemment tout ceci, c’est sur le papier. En pratique les plus matinaux arrivent vers 13h30 et les autres suivent. L’heure d’arrivée peut varier de quelques heures selon le fuseau horaire sur lequel les convives ont reglé leurs neurones du weekend.


Grande hantise du francais. Que le pique nique états-unien ressemble à tout sauf aux bacchanales de leurs rêves… Heureusement le franchouille est aussi rusé que l’américain est borné en matière de loi – il nous a suffi de quelques briques de ‘jus d’orange’ et autres subterfuges pour égayer le repas. El Pedro, chef patissier du jour – ses croissants maison sont exquis – nous avait pourtant bien rassurés. En effet, si l’on se fait prendre la main dans le sac (à vin), on risque une amende. Mais si l’on presente à l’officier de police son ID, alors on est *juste* convoqué au Tribunal. C’est vrai que c’est rassurant, là, tout de suite… Tiens je vais reprendre un peu de jus d’orange, ca me calmera… (Le jus d’orange, oui, l’alcool, non).


Le plaisir de ces piques-nique improvisés, c’est que tout le monde y va de sa spécialité : qui la salade de pates, qui le pain, qui la salade de tomates au thon et à l’oeuf, qui les cannelés de sa Gironde natale, qui le gateau au chocolat de l’Upper East Side (jchl27, honte a moi, j’ai encore oublié l’adresse, mais le gateau est toujours aussi bon), qui la tourte à la viande, qui le bon fromage de chez nous qui coule et qui sent bien fort, qui le jus d’orange frelaté (Pardon. Le jus d’orange, oui, l’alcool, non).


Arnulfe s’amusait, avec Sam, FB38 et d’autres, a c-est-moi-qui-lance-le-freesbee-le-plus-bas-possible-au-dessus-de-la-tete-des-gens jusqu’a ce que votre devouée corespondante l’arrête net d’un coup de front (aie). Il faut avouer que nos francais n’avaient pas encore la classe et la maitrise californienne du lancer de freesbee. SamMan a tout simplement réussi à dévisser la tete de l’auteur (moi) et raser de frais Emissaire, entre autres. Pour ensuite desherber tout le perimètre de pelouse sur lequel il reposait dans le but totalement vain de jouer au jeu du camouflage et de recouvrir paréos, nappes et serviettes d’une couche d’herbe et de terre dépassant l’entendement. LaTulipe et moi nous sommes donc justement vengées en lui procurant un massage thailandais improvisé… C’est a dire en lui galopant sur le dos. Il parait que cela fait mal. Nous, on n’a rien senti. C’est qu’il doit etre douillet alors.

 

Sensiblement à ce moment là – ou bien au moment ou les Hommes de l’equipe se sont sentis pousser des ailes de footballeur en voyant laissé à l’abandon le petit ballon d’un enfant – un attroupement d’autochtones s’est formé a proximité de nous, de l’autre cote de la barrière. Ils regardaient ces grands fous de francais se marrer comme des baleines et s’en mettre plein la panse, voire derrière la cravate, hop, ca fait du bien par ou ca passe. Un instant, on se serait cru dans un zoo, on avait presque l’impression de pouvoir les entendre dire “Venez voir, des francais !”. Le nez colle aux palissades, l’oeil demesurement ouvert, la bouche béante. Des francais en captivité !! Un régiment de francais qui rale, téléphone, fume ouvertement, joue aux cartes, se délecte de la fresh fine food, soupire d’aise pour un massage improvisé, ou triche à s’en fendre le coeur en jouant au Tarot. Tout ce a quoi ils n’ont certainement jamais eu la chance de goûter, du haut de leurs bols de pop-corn, les pieds bien calés sur la table basse du salon, en train de regarder un “reality show” sur le Dating… Du concentré de vie étranger, pouah !

Mais on s’en moque, on aime ca. Et d’ailleurs, on remettra le couvert sous peu… Pourquoi pas à la plage, une fin de semaine prochaine, s’organiser une nouvelle expédition histoire de se mettre un peu de croquant (de sable) sous la dent. Ce n’en serait que pour mieux raler, évidemment.


Enfin, moi, j’dis ca, j’dis rien… Chuis d’la campagne, alors… 

 

http://www.entrenewyork.com/modules.php?name=coppermine&file=thumbnails&album=3 pour l’album photo du pique-nique !

Lundi 2 août 2004
Pas de Lundis de Dolce Vita la semaine dernière et vous m’en voyez fort navrée, mais parfois les méchants vilains patrons tombent sur les pauvres petites stagiaires en les faisant crouler sous le travail et ils aiment ca (les patrons, par les pauvres petites stagiaires comme moi). Ceci étant dit, je me ferais bien une plage ce week-end…

Ahhh l'été...Le soleil, le sable, la mer, les enfants qui courrent sur votre serviette et font de vous la plus belle croquette de sable de la création…

Contrairement à bien des villes tentaculaires, New York possède le grand avantage d’être à distance raisonnable de bancs de sable fin. Le franchouille enfermé trop longtemps dans son donjon bancaire – quelque part entre le 12ème et le 42ème étage d’un immeuble sur la 6ème avenue – a le teint blafard de l’endive en hiver. Le voilà donc qui se réjouit à l’idée de quitter sa prison de verre et de respirer l’air iodé pour quelques heures. Il s’imagine déjà LA plage à l’américaine, vieilles réminiscences de feuilletons télévisés où une blonde pourvue d’un maillot de bain rouge étriqué scrutait l’océan pour aller sauver de la noyade de belles âmes qui n’attendaient que ca. Et si jamais la Gentille Sauveteuse n’était pas à la hauteur de ses attentes, il pourrait alors toujours se lover sur sa serviette, se laisser caresser par la brise et régresser en toute sérénité au QI de la crevette en s’écoutant grésiller.

Parlons raisonnablement maintenant. Si vous décidez d’aller à la plage à Long Island un dimanche, vous allez vite vous rendre compte que votre capacité à donner envie aux autres de vous suivre dépasse votre entendement. C’est comme si tout Manhattan comptait s’y donner rendez-vous. Il est donc très déconseillé de tenter quelque incursion que ce soit en voiture depuis Manhattan (ou plus loin) vers Long Island. C’est tout simplement du suicide. On est serein la première demi-heure, puis, progressivement, l’adrénalise s’installant, on se met à bouillir au milieu des embouteillages. On émerge passablement énervé, on passe quelques heures à la plage en regardant sa montre et en imaginant le bonheur du retour dans de conditions similaires. Qu’on se le tienne pour dit, on sous estime toujours l’ampleur des dégâts. Le retour est souvent, en fin de journée, bien pire que l’aller.

On opte donc pour le train. Moins éprouvant pour notre santé mentale. On embarque à Penn Station, via la Long Island Rail Road – à condition de décider d’aller à la plage à Long Island, biensur. Dans le cas contraire, on peut toujours prendre le métro pour aller à Coney Island ou bien tester – dans un grand instant de folie – la grève du New Jersey. (Pour la liste des plages, c’est là, sur un forum d’ENY.)
On se perd un peu dans Penn Station, attention on ne peut payer qu’en cash aux guichets, il faut sinon aller se battre avec les distributeurs automatiques. Moi, je dis ca juste au cas ou vous décideriez d’aller faire la queue, de vous en rendre compte en arrivant au comptoir, réalisant alors que vous n’avez pas de cash et que le train que vous vouliez prendre vient juste de partir – le prochain étant dans une heure, cela va sans dire.
Note hautement utile : on peut aussi embarquer sa planche de surf dans le train. C’est encombrant, tous les autres passagers manquent de s’y casser les dents, mais c’est admis. Si jamais l’envie vous prenait d’aller taquiner la vague en faisant un pied de nez au Gentils Sauveteurs. Cela dit, je pense que dans ce cas, il vous serait totalement inutile d’acheter un aller-retour en train. Le fait de grimacer gaiement aux Gentils Sauveteurs vous permettrait sans nul doute d’accéder au poste de police le plus proche, ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 20 000 francs. La dure loi de l’Ouest.
Après avoir eu l’idée folle de tenter l’approche de la plage en voiture, je me suis donc rabbatue sur le train. Le train est comme le métro aux USA. Ne partez pas en short et tongues avec uniquement votre insouciance sur le dos, elle congèlerait. La petite laine de Mamie, par exemple, est une idée judicieuse. On prend le temps de congeler plus ou moins, donc, en la petite heure que met ce train de banlieue a atteindre l’idyllique plage tant attendue. Si par mégarde vous vous étiez endormi – le froid aidant, les neurones fonctionnent au ralenti – vous ne louperez pas l’arrêt plage. Vous serez réveillé au doux clong de la planche de surf de votre voisin dans votre tête qui dépassait un tout petit peu trop. Hagard, on descend alors, pour se retrouver emporté par une mini-marée humaine qui se rue vers l’océan. L’arrivée sur la grève a des allures de débarquement. Tous ces gens munis de tables, chaises, parasols, radios, enfants… tout ce petit monde qui se précipite, pantelant, ruisselant, vers le sable a quelque chose de pathétiquement grotesque. Surtout qu’une fois installé, le but est de surtout, surtout, ne plus bouger – halte là aux multiples marques de maillots de bain.

On a fini, nous aussi, sur le sable. Brulant. Brulant mais on aime ca, car cela nous rappelle combien c’est agréable de s’extraire de la forêt de buildings de New York et de sentir l’Océan. On inspire. On sent l’Océan, certes, mais teinté de crèmes solaires mutilples et variées, de nourritures plus ou moins saines (quoique la tendance nationale tende au gras odorant). Si vous aviez oublié votre pique-nique, vous êtes au Pays de Cocagne. Une plage américaine ne se concoit pas sans infrastructures fast-foodesques. On est loin de la baraque à frites ou la paillotte à Francis, mais l’odeur avoisinante est similaire. Finalement on n’est plus sur d’avoir si faim.

On se décide donc pour faire ‘local’ et s’installer sur le sable. Dormir, oui, nous tente fort. Si par ailleurs on pouvait bronzer par la même occasion, alors quelle aubaine ! N’oubiez pas, chers lecteurs, que New York est à la latitude de Naples, ce qui implique de se crème-solariser si on ne veut pas virer d’emblée couleur écrevisse et demain peler comme un lézard. Il s’agit stratégiquement de dorer toutes les faces, quitte à s’octroyer un temps de trempage plus ou moins long (à discrétion) dans la grande bleue. Sans s’éloigner trop des Gentils Sauveteurs. En effet, le GS à l’instar du GO est l’amabilité incarnée tant que vous barbotez dans son champ de vision. Qui est très réduit. Au cas où, plusieurs plages ont mis en place un système de bouées encadrant un espace d’eau qu’il est strictement interdit de franchir latéralement – sous peine de se faire réprimander à coup de sifflet rageur. Au delà de ces lignes de baignade, le GS sort les crocs. Mais ne viendra pas vous sauver en cas de souci. Vous n’aviez qu’à nager dans le périmètre assigné.

Vous pourrez ensuite à loisir vous allonger sur votre serviette, et vous laisser sécher au son polyphonique de toutes les radios de vos voisins – c’est un fait, personne ne s’accorde à écouter la même chose, par contre tout le monde veut l’écouter plus fort que ses voisins. Avant de consacrer la réputation râleuse des francais, attendez un peu que l’un des momes de la tribu installée à portée de crème solaire de votre paréo vous recouvre de sable, en courant (et hurlant) pour aller jouer un peu plus loin. Cela vous donnera alors l’opportunité de

1. huler vous aussi
2. rendre à leur propriétaire les deux mètres cubes de sable - la tribu sus-citée (et bientot en voie d’extinction)
3. mettre tout de suite à exécution le processus d’extermination de la tribu sus-citee qui vous entoure en jetant tout ce beau monde dans l’eau
4. en profiter pour les jeter hors du périmètre de sécurité
5. voir accourir tous les Gentils Sauveteurs de la plage, juste pour vous – non ils n’iront pas sauver les récalcitrants qui, malgré les mises en garde ont décidé d’aller baigner leur radio, mome… en decà des bouées
6. d’expliquer aux Gentils Sauveteurs que pour le maintien de la sérénité de cette plage, c’était une action nécessaire, dure, mais nécessaire
7. de voir arriver une chouette voiture de NYPD rien que pour vous
8. d’eviter de payer le fare retour du train
9. de ne pas être coincé dans les embouteillages
10. de vous passer l’envie d’aller à la plage le week-end prochain et de vous porter volontaire pour des heures sup le weekend… Histoire d’être un peu tranquille finalement, et tant pis si vous gagnez le concours de blanchitude de teint… C’est très joli, une endive, non ?
Vendredi 30 juillet 2004
Si New York est la ville de la démesure, Times Square en est l’apogée. Le petit touriste francais qui y arrive y porte son regard, et, selon les hospices météorologiques, plisse les yeux pour regarder le haut du 4th Times Square, de la Tour Earnst & Young et de ses consoeurs ou bien se demande où se trouve la cime de ces monstres d’acier dont la pointe semble se confondre dans les nuages.

Times Square n’a pas toujours été la vitrine pimpante aux nuées de néons qu’elle est aujourd’hui.
D’abord, je tiens à attirer votre attention sur le fait que… Times Square n’a rien d’un carré contrairement à ce que son nom indique. Ce ne sont jamais qu’une dizaine de blocs où Broadway et la 7ème avenue se rejoignent. Jusqu’au début du XXème siècle, l’endroit était dénommé Long Acre Square, et n’était qu’une plaque tournante pour le commerce - plus ou moins légal : vendeurs de chevaux, maisons closes et hôtels de passe étaient monnaie courante.
En 1903, le quotidien New York Times y fait construire son siège, et parvient à convaincre la ville de renommer Long Acre Square en Times Square, le 8 avril 1904. En octobre de la même année, la station de métro de Times Square voit le jour (ce qui explique peut-être la vétusté de ses couloirs ?). Le 31 décembre 1904, on célèbre doublemement : l’avènement du building du Times, et la Saint Sylvestre. Un siècle plus tard, on y fête toujours la Nouvelle Année…

Le reste est, à l’instar de la ville, l’histoire de l’Amérique moderne. C’est sur ce petit périmètre qu’on été inventées, réinventées, testées, exploitées et offertes de multiples facettes de la ‘culture’ américaine.
Les Américains venaient à Times Square pour s’amuser. Après les maisons closes – indéniablement les premiers lieux attractifs du quartier – sont apparus les théâtres. Les pionniers dès la fin du XIXème siècle, puis le flot a suivi. En 1928, on dénombrait la production de 264 shows dans 76 théâtres sur Times Square – quelle densité au mètre carré ! Loin des traditionnels opéras, ces théâtres proposaient déjà moult vaudevilles, musicalls, jazz et films.

Les spectacles les plus populaires de Times Square ont toujours été gratuits : ce sont les enseignes qui ont fomenté la réputation de Broadway en tant que “Great White Way”. Les panneaux et enseignes y recouvraient la majeure partie des buildings dès le début du XXème siècle. A l’époque, ils étaient similaires aux autres panneaux publicitaires qui bourgeonnaient sur les murs de la ville. Puis, peu à peu, Times Square s’est démarqué, pour devenir un immense laboratoire in vivo qui permettait de tester de nouveaux modes de communication et de publicité dans une métropole de grande envergure. Le développement d’une économie de marché de masse doit, aux Etats-Unis, beaucoup à l’attrait des séduisantes enseignes de Times Square.

Times Sqaure n’était pas seulement l’endroit où l’on publiait le quotidien le plus important du pays, avec ses immenses rotatives au grondement souterrain, ni le nouveau bandeau entourant le Times Building, déroulant instantanément les nouvelles du monde. Non. Times Square était le berceau de ces informations. Elles naissaient ici, sous la plume de journalistes tels que Walter Winchell ou Damon Runyon, qui créerent un standard américain avec le style reportage, les chroniques people et l’utilisation de l’argot.

La grande force humaine qui fit avancer Times Square pendant plus d’un siècle a été… le désir charnel, le sexe. Times Square a littéralement vendu du sexe pendant plus d’un siècle, de par la prostitution et ses théâtres roses, définissant ainsi une bonne partie de l’ère postérieure à la seconde guerre mondiale. Mais c’etait également bien plus subtil… Times Square était un symbole, un lieu où les barrières morales pouvaient être repoussées, réduites à néant, et le désir s’exprimait alors. Ce n’est pas un hasard si c’est ici que les femmes pouvaient remettre en question les règles du ‘dating’, et les homosexuels trouver bien plus de liberté que n’importe où ailleurs dans la ville…

Times Square s’est épanoui durant le premier tiers du XXème siècle, pour ensuite décliner doucement après la seconde guerre mondiale, et s’effacer devant le monde de la télévision, des banlieurs et de la ségrégation raciale. L’endroit est, malheureusement, également connu pour cet aspect peu appréciable de la culture américaine moderne : le phénomène de l’abandon du centre ville par les classes aisées, et du déclin de MidTown. Au coeur de Manhattan, des blocs entiers de buildings abandonnées, repère des dealers de drogue et du tapinage. Ils furent, pour un temps, les blocs les plus dangereux de la ville, image de la décadence de New York.

Times Square vit aujourd’hui son second souffle. De grandes entreprises comme MTV ou Condé Nast ont réinvesti les lieux. La foule qui l’emplissait alors est celle que vous voyez maintenant. Hordes de touristes, promeneurs aux yeux perdus dans l’azur, aficionados de comedies et shows. Times Square est le rappel perpétuel que New York est et a toujours été une ville de plaisirs… Pas seulement lors de la Saint Sylvestre. Chaque jour de l’année.


www.timessquarebid.org
Lundi 26 juillet 2004

Nouvelle niouzlettre de Floflo, un tantinet fatiguée. Depuis cette semaine, je n’arrête pas de courir au bureau parce que maintenant que ma boss, Julissa, est partie (débauchée par Coach), qui c’est-y qu’on vient voir quand on a un souci ? C’est Bibi ! Bibi est un peu fatiguée de devoir tout savoir, faire son boulot et régler les problèmes que Wathne Hong Kong a avec les différentes manufactures censées réaliser les cosmetic cases de Bobbi Brown sans « puckering » ni traces de colle, avec la bonne taille d’étiquette, etc etc etc… Je fais des allers-retours journaliers chez le client avec mes échantillons pour être sûre que tout va bien, parce qu’en plus, évidemment, c’est pour avant hier. Vivement que tout cela se tasse ou bien que Wathne trouve quelqu’un d’autre pour le poste de Science Infuse.

La semaine a encore défilé à vitesse grand V. Mardi soir, French Tuesdays, au South Street SeaPort, le Mall établi sur le Pier 17 et qui donne sur l’East River, où on était allé pour le 4 juillet. Décor sympa pour se trémousser sur les tubes internationaux et/ou français.

Mercredi soir, dîne d’adieux de l’avocat fou, qui après 10 ans passés aux USA, se re-patriait en France. (on dit expatrier, on peut donc certainement se repatrier, non ?).

Jeudi soir, j’étais à un vernissage dans Chelsea : deux expos photos et une expo de meubles façon art déco moderne. Pas mal, de très beaux clichés, les meubles ne m’ont pas emballée, mais les photos et le lieu oui ! Qui rechignerait devant un loft faisant tout le dernier étage d’un immeuble ? Ca devrait être interdit ce genre d’appartements. Enfin, si jamais, après l’expo, ils ont peur de laisser le lieu à l’abandon, je veux bien me dévouer. Avec éventuellement un/une colloc. Mais pas plus, sinon ensuite on finirait par se marcher sur les pieds, arf arf…

Le dernier week-end était fort sympatoche itou. Vendredi soir, il y avait un pot « after work » franco-américain organisé au Père Pinard, dans le sud de Manhattan. Véridique, c’est le nom du bar… Au départ, je comptais y aller, mais il pleuvait des cordes, et rien que de rentrer du bureau j’avais les chaussures qui faisaient chouic chouic, et la désagréable impression d’avoir les pieds trempés. Erk… Je me suis posée chez moi, immense soulagement, et je n’avais pas du tout envie de m’aventurer dehors. J’ai finalement lâché, vers 22 heures, pour aller dîner avec un copain. On s’est fait un resto « fusion food asiatique » thaïlando-sino-japonais sur Times Square, « Ruby’s Foo ». C’était très bon, et tellement copieux que j’au eu du mal à terminer, c’est pour dire ! Le temps de terminer en traînassant, il était pas loin de minuit, heure à laquelle Cendrillon doit rentrer sous peine de voir son parapluie se transformer en citrouille.

Samedi, génial, je suis allée bruncher… attention les yeux… chez Pétrossian ! Top… Foie gras maison en entrée, pavé de saumon et blanc manger aux fruits rouges en dessert. La grande cuisine française !

Pour éliminer, on est parti se promener dans Central Park et on s’est fait le Withney Museum, temple de l’art contemporain : Wharol, Alexander Calder…

Le soir, on a retrouvé deux amis pour aller dîner japonais dans l’East Village. Après, on avait envie d’aller danser dans une boîte qui s’appelle le Souk, qui est de style oriental, mais ils avaient une soirée privée. On s’est donc rabattus sur le café Horus. Au départ je n’étais pas trop chaude, et finalement c’était vraiment sympa et étonnant à NYC : on a fumé un narguilé à la pomme en discutant jusqu’à minuit passé et on s’est rentré.

Dimanche : grosse grasse matinée. J’ai émergé vers 1h et me suis levée à 14 heures ! J’ai retrouvé un copain pour aller nager à la piscine de Chelsea Piers. Dans le film Serendipity, à un moment, ils jouent au golf dans New York, dans des sortes de petites alvéoles empilées, le long d’une jetée qui donne sur l’Hudson River. Et bien c’est là ! Il y a aussi, entre autres, une piscine qui donne sur la flotte, surélevée (la piscine), avec d’immenses baies vitrées et une terrasse de la mort qui tue. On te donne peignoir, serviette, shampooing et tout… la seule chose à apporter, c’est le maillot de bain… Pour moi ce genre d’endroits n’existait que dans les films, eh bien non ! Trop dur le luxe… On a nagé une heure, et ensuite on a larvé sur les transats dehors : je sais, j’ai une vie difficile.

L’après midi on a retrouvé des français d’EntreNewYork pour un goûter (ouioui, un goûter) au « Pain Quotidien », avec… tartines, beurre, et confiture de chataîgnes. Le bonheur simple de nos goûters d’enfants ! On s’est promené un peu à Central Park, puis on a terminé pour dîner dans un bouiboui de l’Upper West Side au bord de l’eau « The Boat Bassin House », en refaisant le monde jusqu’à pas d’heure.

Voilà pour les dernières nouvelles du front New Yorkais … Comment ça se passe en Europe et ailleurs ?

Lundi 19 juillet 2004
Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué comme les conditions climatiques peuvent changer la géographie du paysage. Il en va ainsi pour New York, dont le visage évolue au gré des vents… Petit panorama de la ville sous la pluie.

C’est un fait, un jour de pluie à New York commence toujours de cette manière : vous vous levez (en retard), vous écoutez (ou non) vaguement les prévisions météorologiques de la journée, vous regardez par la fenêtre, le soleil vous sourie, vous haussez les épaules et partez prendre votre métro en pestant contre le Seigneur Météo qui vous annonce décidément toujours le contraire du temps qu’il fait. Jusque là, cela vous amuse encore.
Vous arrivez guilleret (ou presque) et en retard au bureau mais il fait beau, et cela tombe bien, vous avez decidé d’aller vous promener à Central Park ce soir après vos longues heures de dur labeur coincé entre les panneaux de votre minuscule cubicle. Méfiez vous de cet environnement de travail là. Car il est fourbe. Dans l’air aseptisé et climatisé des bureaux new-yorkais, l’année défile sans anicroches, égale à elle même. Au dehors, quelque part sur la planête, on peste contre les nuées de papillons qui s’envolent soudain.
La journée passe, on s’acharne, on déjeune devant son écran d’ordinateur (et sans en mettre partout entre les touches du clavier : on appelle ca la sagesse de l’expérience). Sur le coup de 18 heures, on parvient à filer – et c’est une chance que l’on puisse s’évader à cette heure là. Au moment où l’on met le nez dehors, on entend un lointain grondement de tonnerre, auquel on ne prête guêre attention, bruit ambiant de la ville oblige.
On se dirige donc, d’un pas léger, vers ce parc qui nous tend les bras, poumon de verdure. Entre deux feux rouges, on se risque à lever le nez vers le ciel, et on en vient à froncer les sourcils… Des nuages bien noirs à l’horizon… Bah ! Advienne que pourra. Nous allons tout de même gambader dans la verte nature.
Notre enthousiasme, pourtant, en a pris un coup. Et avec juste raison. Au moment où nos petits pieds frétillent enfin de reposer sur l’herbe tant attendue, les premières gouttes de pluie s’abbatent sur nous. Triste, décu, on a souvent des véléités de braver la pluie. C’est une erreur. A moins d’avoir décidé d’être la nouvelle Roxana Maracineanu.

La pluie a New York tient plus de la mousson que du crachin breton de notre belle France.
En quelques instants, les rues se transforment. Des grandes dalles des trottoires ruissèlent des torrents de pluie qui vont grossir le flot des canniveaux… A certains carrefours, il devient presque impossible de traverser sans une bonne vieille paire de bottes en caoutchou : c’est une piscine au dessus de laquelle il faudrait pouvoir voler. La largeur et prodondeur des flaques d’eau est à la hauteau de la démesure de la ville… C’est aussi ce jour là que vous aviez décidé d’etrenner vos sandales en corde, et que vous les regardez avec la sombre impression qu’elles vont se disloquer dans les flaques… ce qui s’avère généralement vrai – vous le découvrez en rentrant chez vous, au son du “chouic chouic” de vos semelles détrempées.

Aux coins des rues naissent telles les fleurs du désert les ambitions de ceux qui savent s’adapter et profiter de toute situation. Les vendeurs ambulants de lunettes de soleil reviennent avec des chariots emplis de… parapluies made in Canal Street. Une aubaine de courte durée.
Là encore, vous risquez de vous mordre les doigts de ne pas avoir emporté votre parapluie chéri ce matin… A l’instant exact où vous ouvrez votre acquisition, une bourrasque de vent s’y engouffre et la pauvre bête, avouée vaincue, se retourne. Il ne vous reste plus qu’à patiemment tenter de vous abriter sous une marquise pour la réparer, et remettre une à une les baleines dans leur sens originel… Ce que vous avez évité de justesse à la première bourrasque, vous attend au coin de la rue. A la seconde bourrasque, votre parapluie, vengeur, se retourne à nouveau. Le roseau plie, le parapluie trépasse…

Un peu désabusé, vous pouvez alors passer au plan B, l’option ultime : prendre un taxi. Envisager de héler un taxi à un coin de rue bien passante un jour de pluie, c’est un peu comme se dire que pour une fois, dans le prochain James Bond, les méchants vont gagner. C’est une entreprise vaine. Le nombre de taxis libres est, c’est un fait, inversement proportionnel à la quantité d’eau déversée par les nuages sur la ville…

Il ne vous reste plus qu’à vous réfugier dans le Starbucks/Deli le plus proche et commander un grand crème en regardant la pluie tomber, bien au froid, transi par la climatisation qui achève tout doucement de vous frigorifier jusqu’à l’os dans un ronronnement permanent qui semble maintenant vous sussurer à l’oreille de penser à écouter la mét éo la prochaine fois.

Admirez le paysage et laissez votre regard se perdre dans le ciel gris où la cime des immeubles vient innexorablement de se dissimuler, donnant à la ville un aspect fantastique, mélancolique, une lassitude étrange qui semble s’ étirer jusqu’à l’infini…

On and on, the rain goes on, like tears from a star...*



* Mes félicitations à celui/celle qui retrouvere l’origine de cette citation !
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