Comme son nom lindique, les anciens articles que jai écrits dans ma jeunesse pour les canards de Reims Management School, et puis les futures nouvelles ou romans fleuves qu'un jour je me déciderai à emttre en ligne !
Dabord uniquement pour le BazArt, alors journal officiel du bureau des arts de lécole en 2001, ensuite également pour Reims toi lil, mensuel parallèle circulant dans les couloirs de ladite école. Un peu de tout, des chroniques gastronomico-littéraires, des coups de gueule, des envies, des folies
Pour le plaisir de les savoir sur la Toile !
« Les chefs-duvre détestent quon les respecte. Ils préfèrent vivre, cest à dire être lus, triturés, contestés, abîmés. Il serait temps de faire mentir la vieille boutade dHemingway : un chef-duvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit. » Frédéric Beigbeder.
Loin de moi lidée de mimproviser critique littéraire dun critique littéraire
Simplement jaimerais faire partager une de mes dernières trouvailles. Un inventaire. Un livre
qui est un inventaire de livres. Drôle didée me direz-vous. Détrompez-vous, ça se lit très bien, ce « truc » là.
Lauteur, Frédéric Beigbeder, a beaucoup fait parler de lui lan passé en sortant 99 francs. Ici, le ton est différent, mais le style reste dans le même registre, mordant, ironique, et somme toute bien agréable. Voilà un critique qui ne mâche pas ses mots, osant exprimer ce quil pense réellement des livres choisis parmi une sélection de 200 ouvrages. 50 livres élus par 6000 français qui se sont pris au jeu de la FNAC et du Monde durant lété 1999. Ce sont « les 50 livres du siècle choisis par vous et commentés par moi » dixit lauteur. Cest à dire de manière totalement arbitraire.
Monsieur Beigbeder a en effet dans lidée de désacraliser la littérature. Et ça devrait faire plaisir aux férus de musique puisque son ouvrage se présente sous la forme dun top 50 des meilleurs livres du XXè siècle. Un compte à rebours. Ben oui, comme un top 50 musical. Pour ne citer que quelques élus : Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, le fameux Journal dAnne Frank, Lolita de Vladimir Nabokov, Le Lotus bleu dHergé, Le Chien des Baskerville dArthur Conan Doyle, Le Meurtre de Roger Ackroyd dAgatha Christie
Eh oui, vous y trouverez un peu de tout !
Pour une fois vous allez lire lexégèse de 50 ouvrages sans vous endormir. Lire la critique de 50 livres inconnus au bataillon peut en effet paraître assez ennuyeux. Celle ci va vous faire changer davis. Sachez quaprès avoir tenu ce livre là entre vos mains, vous aurez certainement envie daller voir un peu ce quil retourne des 50 ouvrages critiqués
Et si jamais au grand jamais vous refusez douvrir ce livre là (Hou ! Honte à vous
vraiment vous devriez essayer
Allez, faites moi plaisir
) alors tentez lun des autres livres de lauteur. Dégotez lintrouvable, mais depuis réédité (donc désormais facilement trouvable) premier roman de Frédéric Beigbeder, Mémoires dun jeune homme dérangé, et poursuivez avec LAmour dure trois ans. Si vous êtes très pub, fondez sur 99 francs tel laigle sur sa proie
Et si vous naimez pas lire (vous ne savez pas ce que vous perdez), alors prenez une petite heure
et feuilletez-moi quand même ce top 50. Je suis sûre que ça vous donnera envie daller zyeuter un peu les livres quil critique
Pour voir si vous êtes daccord, pour « combler une lacune littéraire » ou juste pour le plaisir. Comme ça.
Après tout, la littérature, cest peut-être ça, le grand mystère de notre existence : que cherchons nous au travers des livres que nous nayons trouvé dans la vie ?
Tel lauteur de cet Inventaire, jaimerais moi aussi vous inoculer ce virus de la lecture. Pour que le XXIè siècle ait ses grands écrivains, ses lecteurs
Et son top 50.
03/2003
De toute façon, on sait bien ce que disent les médecins : un rhume non soigné sévapore en quinze jours, si on le soigne on nen a que pour deux semaines. Bref on sait déjà que ça va être le bonheur.
Le malade avisé sait que quoi quil en soit, et vu le nombre de jours de congé annuels octroyés à un employé dans une société américaine, il a plutôt intérêt à se remettre au plus vite sil ne veut pas passer les mois suivants à admirer les restes de son bureau, posés dans un carton, au pied de son lit, en sapitoyant sur son triste sort.
Le voici donc parti en quête dun drug store. Pas pour de la morphine, vous laurez compris, mais dans lespoir dy trouver quelques pastilles utiles à soulager ses maux.
LAmérique faisant bien les choses, votre Duane Reade (ou CVS Pharmacy et concurrents) vous indique comme dans les grandes surfaces, le rayon où vous allez trouver votre bonheur. En fait vous risquez dy trouver surtout un peu plus que votre bonheur. Dailleurs ça aurait du nous inquiéter dès le départ, de savoir quils ont un rayon entier intitulé « cold ». Mais comme nos neurones justement sont un peu raplapla, ils nont pas tilté sur le coup. On entre dans le rayon à petits pas, peur soudaine dêtre phagocytés par cette émergence et ces résurgences de mots en gras, en italique, de rouge qui nous saute aux yeux, de qui mieux que les autres de tous ces produits saura attirer notre attention.
On ne parle plus dans ce bas monde defficacité des produits, tout est sous jacent aux batailles marketing que se livrent les compétiteurs dun marché à grand coup doffres spéciales. Ce qui est sans compter les sournoises marques blanches (autrement nommées marques distributeur, donc « Duane Reade », par exemple, pour ceux qui nauraient pas suivi) qui tentent désespérément de mettre un coup de pied dans la fourmilière, force de publicité comparative, en assurant quelles font aussi bien que Machin mais en moins cher et elles ont raison, car le médoc sort des mêmes fabriques.
Imaginez notre bonne Madame Michu. En France, elle arrive au comptoir de sa pharmacie, demande entre deux quintes de toux au préparateur un médicament sans ordonnance mettons, un sirop, et des pastilles et le pharmacien dans sa grande bonté lui ramène un flacon de Vicks et des pastilles Drill (nota échantillonnage de marques pris au hasard, toutes mes confuses aux concurrents). Elle paie et rentre chez elle.
Bilan de lopération : 3 minutes, attente comprise. Frais occasionnés : allez, mettons 6 euros, et on est encore généreux.
Imaginez maintenant cette même Madame Michu dans votre Duane Reade. Elle, se disant quaprès tout le plus simple est encore daller demander au préparateur de lui dégoter la solution miracle, se heurte au mur de lamabilité du préparateur sus-cité en train de feuilleter une revue, et qui, dans un élan de lassitude, se contente de lui indiquer dun geste agacé, le rayon « cold ». Madame Michu sans perdre son sang froid sy dirige donc, et se trouve nez à nez avec une ribambelles de produits dont elle ignorait même lexistence. Qui de ses pastilles à la menthe, qui de son sirop « plus efficace que les pastilles », qui de son spray « qui soulage plus quun simple sirop », qui de ses feuillets qui fondent sur la langue « plus facile dutilisation quun spray ». Qui à la menthe, qui au miel, qui à la cerise (chimique, cela va sans dire). Evidemment, chaque produit se décline en plusieurs marques, plusieurs saveurs, plusieurs tailles et plusieurs prix. Madame Michu se dit aussi bien quelle pourrait rentrer à la maison et prendre un doliprane (mais pour ça il faudrait quelle trouve léquivalent dans le rayon adjacent, et rien que lidée de se remettre à chercher un autre truc dans cette débauche de référencement lui donne des sueurs froides). Alors Madame Michu fait comme tout le monde, elle prend un peu au hasard, elle lit les étiquettes de deux boites, cherchant à comprendre pourquoi lune vaut le double de lautre alors que les contenus paraissent tant similaires
Là, son il glisse un peu plus loin, dans le rayon cold, et elle voit, dans une petite vitrine en verre, des boites de préservatifs scrupuleusement bien alignées et rangées Cest pour ne pas prendre froid ? Ou alors je nai pas tout compris ? Pourquoi sous verre ? Cest une petite exposition ? Je nai toujours pas trouvé de réponse Si vous avez une explication à me donner là dessus je suis preneuse.
Enfin. Madame Michu sest décidée. Elle a fini par trouver des pastilles et un sirop qui fait tout : calme la toux, fait tomber la fièvre, diminue la douleur et décongestionne le nez. Elle passe alors à la caisse et peut enfin rentrer chez elle pour (1) reprendre son calme et (2) se soigner.
Bilan de lopération : 23 minutes, passage en caisse compris. Frais occasionnés : 10 dollars.
Moralité : je ne sais pas vous, mais moi, puisque cest comme ça, je retourne en Europe me faire dorloter par mes chers parents qui se feront un plaisir de mavoir à la maison et de courir à la pharmacie pour me soigner
Nourris à grand coups de productions hollywoodiennes, partout sur la planète, des générations entières se pressent à sa porte, tels les gamins le nez collé aux vitrines Macys à lapproche de Noël, pour se frotter dun peu plus près au rêve, se prendre au jeu, se perdre dans Manhattan et sa forêt de gratte-ciels interminables.
Voir New York et mourir. Y être venu pour deux jours ou deux ans, le sentiment reste le même. Après lémerveillement, le choc culturel, on réintègre ses pénates, on reprend sa petite vie en rangeant proprement ses souvenirs sur une étagère que le temps se chargera dempoussiérer. Et puis un jour, bêtement, on allume sa télé, et on se prend au jeu du mange-cerveau, la bouche ouverte, et à crier à qui veut bien lentendre « cest New York à la télé, viens voir ! ». Comme si le reportage avait été fait juste pour nous, là, qui en revenons. Et cette bande annonce au cinéma, nouvelle production dont lintrigue se déroule encore et toujours à Manhattan.
Le cur, dépoussiéré, soupire alors, explose de souvenirs, et davoir trop expiré se crée en nous une sorte de vide étrange, de sentiment de manque, de vertige, le reportage est déjà terminé, la bande annonce achevée, et pourtant on en voudrait encore et encore
New York possède cet étrange effet sur les expatriés et touristes qui y ont posé le pied, de provoquer, telle une drogue, des effets de manque. On est en Espagne et on fronce le nez en sinstallant dans une salle de cinéma riquiqui, encore plus en entendant la voix doublée des acteurs. On sen prend à regretter New York, ses mangeurs de pop-corn, bruyants, affalés et greffés de sodas qui font slurp au paroxysme de lintrigue du film.
Tout vous y ramène. Informations, musiques, films, romans, politique, amis, parents. Certains jours il semblerait à vos yeux que le monde tourne autour de cette ville. Toutes les tendances semblent sy créer et en émerger pour ensuite lentement sinsinuer dans le reste du monde. New York est la ville de lavant première.
New York agit étrangement sur ceux qui y retournent, aussi. Sentiment partagé dhorreur et de nostalgie devant les amoncellements indécents de déchets attendant piteusement lhypothétique passage des éboueurs, au grand bonheur des colonies de cafards et rats qui y prolifèrent. Sentiment, aussi, plus optimiste. Fausse impression de chaleur retrouvée, dans les volutes de fumée émanant des bouches dégout, impression satisfaisante dêtre au cur du monde. De se poser dans son appartement minuscule, sendormir au son des sirènes de police et coups de frein des bus en se disant, pourtant « home, sweet home ».
Cest quelque chose que ceux qui ny ont pas été ne comprendront peut-être jamais. La dualité là aussi réside. On a beau être revêche et critiquer la ville à qui veut bien nous entendre encore une fois, on ne peut sempêcher dêtre heureux de la retrouver, enfin. Regardez moi ces américains qui ne savent même pas apprécier un verre de vin avec un morceau de fromage, et qui nous interdisent limportation sauvage de charcuteries. Regardez moi ces américains qui croient encore que la pizza est leur invention et que Paris est une ville des States. Regardez moi ces américains qui se demandent si la télévision existe en France et si nous avons leau courante. Regardez moi ces américains qui sont les seuls au monde à ne pas faire fonctionner tous leurs appareils électriques en courant alternatif 220 Volts. Jen passe et des meilleures.
Mais, une fois ailleurs, ce goût de fiel en bouche sefface et, le nez tourné vers la ligne bleue de lOcéan, on cherche à capter quelques effluves de cette métropole grouillante. Son odeur particulière. Son rythme effréné. Son assourdissant tumulte.
Tel le papillon de nuit trop attiré par la lumière, on aimerait toujours pouvoir retourner à New York, « pour voir comment la ville a changé », pour samuser simplement, pour y retrouver des connaissances. A dautres. Dites surtout quen vous est né ce sentiment de manque, cette impression de louper quelque chose en étant ailleurs que là. Déjà parti mais en esprit encore sur place. Sachant très bien, après toutes nos digressions fielleuses, quon ne voudrait pas y faire sa vie, oh non, car ce nest pas sain, trop de pollution, trop de gens, trop de cafards. New York est ceci : trop.
New York fait rejaillir ainsi rejaillir sur nous ce sentiment étrange et partagé. A la première occasion, à peine la fenêtre ouverte, le papillon dans sa précipitation viendra sy brûler les ailes
Quand je pense que les américains ont annexé lEurope, que leur manque de culture est devenu le nôtre, quils nous ont fourgué tout leur bric-à-brac absurde, leurs fringues, leur cholestérol, leurs images, leur musique et leurs rêves. Mais tout en oubliant lessentiel. Le bar.
Pas question de se laisser embobiner par lOncle Sam pour tous les irréductibles du ballon de rouge et du zinc des tabacs, les adorateurs de lapéro, les joyeux imprécateurs du pastaga, ceux qui ont décroché le cocotier quand survient linespérée tournée du patron. Les Français ont inventé le café mais ils ne sauront jamais ce quest un bar et comment on y boit.
Le bar new yorkais, cest le tabouret haut perché avec vue sur ce bas monde, et doù il vaut mieux ne pas descendre. Cest le barman qui ne sait rien voir, celui qui ne déchire pas nerveusement les tickets du tiroir-caisse en attendant le pourboire, mais qui vous offre le quatrième si on se sort bien des précédents, celui qui a compris que plus on offre plus on commande, celui qui ne cherche pas à gagner en glaçons ce quil perd en alcool, celui qui sait dire aux turbulents : « je vous loffre mais cest le dernier », celui qui vous propose de le suivre chez un collègue dès quil aura fermé.
Le bar new yorkais, cest le cadre supérieur qui ne croit plus aux charmes du zapping, le chauffeur de taxi qui se repose des dingues en déroute, les femmes de quarante ans qui nont ni sexe ni âge, et tout ce beau monde seffleure les coudes sans faire dhistoires, sans chercher à vendre son malaise, parce quaprès tout : chacun le sien.
Le bar new yorkais, cest des verres qui se laissent peloter sans quon puisse les renverser comme ça, un comptoir en bois lisse où peuvent se réconcilier deux équipes de base-ball en enfilade. Cest une barre en métal qui vous cale du tangage, cest le billet de vingt dollars quon pose devant soi et qui disparaît dès quon la éclusé. Dans un bar new yorkais, personne ne vous encourage à entrer, personne ne vous montre la porte. Dans un bar new yorkais, on ne racle pas le fond de sa poche dans lespoir dun sursis.
Les bistrotiers parisiens ne comprendront jamais.
Linstant suivant est devenu new yorkais, ma soudaine et agréable solitude, mon verre épais et lourd, rempli dun liquide épais et lourd, mon regard perdu dans les rangées de bouteilles, face à un serveur en veste blanche à qui on a envie de dire « le même, Jimmy. »
Mais déjà le ciel blanchit
Esprit je vous remercie.
De mavoir si bien reçu.
Cochers lugubres et bossus !
Ramenez-moi au manoir.
Et lâchez ce crucifix
Décrochez moi ces gousses dail !
Qui déshonorent mon portail !
Et me cherchez sans retard
Lami
Qui soigne et qui guérit
La folie qui maccompagne
Et jamais ne ma trahi
Champagne
Jacques Higelin



