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Samedi 20 août 2005
Curieusement j’en suis fière…
 
1. Je mesure exactement un mètre cinquante huit.
2. Un mètre soixante si on considère l’ampleur des cheveux.
3. Et un mètre soixante huit avec mes salomés.
4. Je peux marcher 500 mètres avec mes salomés sans avoir mal aux pieds.
5. Je peux boire trois verres de vodka lemon sans tomber (sauf quand je porte mes salomés).
6. Je possède l’intégrale du club des cinq de la Bibliothèque Rose.
7. J’ai lu l’intégrale de Mary Higgins Clark quand j’avais quinze ans.
8. Celle de Stephen King en terminale entre les cours de philo.
9. Au bac, j’ai eu 18 en natation et 12 en français.
10.  J’arrive à mettre mes doigts de pieds en éventail.
11.  Et je sais faire bouger mes narines et mon oreille droite.
12.  J’ai relu tous les Marie-Aude Murail en classe prépa au lieu de réviser mes cours de maths.
13.  J’ai une dédicace d’elle sur un marque-page glissé quelque part dans un livre de ma bibliothèque.
14.  J’ai gagné le concours de fléchettes Hôtel Candia Maris 2000.
15.  Pendant les soldes, j’ai gagné 30 euros sur les 120 que je comptais ne pas dépenser.
16.  J’ai réussi à débourrer l’imprimante.
17.  Je sais changer un fusible.
18.  Le chef de caves de Charles Heidsieck me tutoie.
19.  Je colle mes timbres bien droit.
20.  Je n’ai toujours pas la télévision.
21.  J’ai renversé un verre de manzana sur le clavier de mon Thinkpad. Maintenant, il sent bon, il colle un peu, mais il fonctionne encore.
22.  Je suis brune.
23.  Mes cheveux sont tellement frisés que si je ne les brosse pas, personne ne voit la différence.
24.  Des années de détournement de fournitures de bureau sans soupçon.
25.  Patrick Bruel m’a fait la bise. Pour mes cinq ans.
26.  7.50 mètres au craché de noyau de cerise sans élan, catégorie moins de 1.60 mètres.
27.  J’ai arnaqué le Crédit Agricole de 12.70 euros.
28.  Ni vu ni connu, j’ai pris une semaine de vacances supplémentaire.
29.  Je peux jurer en français, anglais ou espagnol, et sans accent.
30.  Je connais New York mieux que Paris.
31.  J’ai fait huit allers retour aux Etats-Unis rien que depuis avril 2004.
32.  Je suis allée à Singapour et Pékin et jamais à Londres ni Barcelone.
33.  J’ai déjà mangé du scorpion (et c’était bon).
34.  Je fais bien le moelleux au chocolat.
35.  Et la confiture de fraises.
36.  J’ai failli casser le tibia d’un garçon en CM2.
37.  Je connais tout le répertoire de la compagnie créole.
38.  Je n’ai jamais fumé une cigarette (les joints ne comptent pas).
39.  Je me suis retourné et cassé la moitié de l’ongle du gros orteil avec une reprise de volée sur mon sommier et je marche toujours.
40.  Chirac est plus grand que Bush.
 
 
Samedi 6 août 2005
Une interprétation très subjective de la notion d’information.
 
Quand je prends le train, c’est pas pour rigoler, comme disent les petiots, c’est pour faire l’aller-retour Reims-Paris, généralement dans la journée, et aller faire risette au siège de Rémy Cointreau, voir agences ou fournisseurs, etc. Bref on fait voyager une personne au lieu d’en déplacer une dizaine, c’est tout de même plus rationnel.
Je prends donc le train, et je n’appelle pas ça voyager. Voyager. Pour moi le terme fait référence à l’air iodé de la mer, à la découverte, cultures différentes et décalage horaire.
Pas mettre mes fesses dans un train et débarquer une heure et demi plus tard pour sauter dans un métro et enchaîner sur une journée de travail.
Je suis donc de plus en plus effarée par la notion de service entendue par notre chère SNCF pour qui le train nous permet d’avoir des idées en avance… Je ne sais pas vous mais moi, quand mon train s’arrête au bon milieu des vaches ou des vignes, de la morne plaine ou de la banlieue entre deux gares, je me dis « ce n’est pas grave, on va repartir tout de suite ou bien nous dire pourquoi on s’est arrêté ». C’est parce que je suis naïve. Je ne conçois pas qu’on puisse stopper plusieurs fois lors d’un même trajet sans expliquer le pourquoi du comment. J’espère toujours encore un petit peu. Je me réjouis d’entendre la voix du conducteur « Mesdames, Messieurs, notre train est arrêté en pleine voie ». Et là, l’explication… ? « Par mesure de sécurité, nous vous demandons de ne pas ouvrir les portières ». Je ne vois pas le rapport entre l’ouverture des portières et la cause de notre arrêt, sauf si un crétin a décidé de se jeter sur les rails, ce qu’on aurait le droit de savoir, on travaille, quoi !
Mais non.
Et ne vous attendez pas non plus à ce que le contrôleur vous rassure ensuite. Généralement on vous mord pour poinçonner votre billet, sans oser vous dire ni bonjour ni merci… Je dois être super impressionnante du haut de mon mètre cinquante huit quand je suis assise.
Lundi 1 août 2005
Bah ! Pas possible. Récapitulons.
Je ne fume pas – passivement mes poumons sont régulièrement exposés, mais sinon, rien, promis juré (ou alors du pas légal de temps à autres mais quand c’est deux fois dans l’année ça ne compte pas, donc passons).
Je ne bois pas – tout du moins mettons que je suis une « social drinker », un petit verre en soirée me réjouit l’esprit, soit, mais vous ne me verrez pas me verser ni même une larme si je suis toute seule. Et encore moins au saut du lit (rien que d’y penser…)
Je ne consomme pas de drogues douces (ou alors quelques cigarettes illégales de temps à autres, mais quand c’est deux fois dans l’année ça ne compte pas, donc passons). J’ai su louvoyer entre les lignes de coke étalées sur les tables basses des soirées new-yorkaises et je n’ai jamais rien croisé d’autre.
Alors ?
Alors il semblerait que je sois « addict » à autre chose. Vous me croirez ou pas, mais je pense pouvoir avouer (en rougissant, certes) que je suis accro à la Toile. Il ne se passe pas une journée sans que j’aille y fureter. Mon blog. Mes e-mails, mes comptes à droite et à gauche (Priceminister notamment).
EntreNewYork, tout particulièrement, où je vais humer l’air pollué de New York, avec des trémolos dans la voix. J’ai beau ne pas y être, ne plus y être, je vais toujours me promener sur les forums. A la rescousse de la veuve et de l’orphelin, du trader et du docteur Machin. Ou de l’étudiant en classe de seconde générale qui veut aller à New-York quand il aura passé son doctorat, parce que c’est son rêve, et il veut savoir maintenant ce qu’il devra faire. Qu’est ce qui se concocte pour ce week-end ? Que nous a écrit Emissaire sur ses tribulations en tant que serveur dans un restaurant français à Park Slope ? Les coups de gueule de FB et les tentatives de drague de Supertrader. Mill qui râle de France et la Tulipe d’un peu partout aux USA. Les éternelles discussions sur les américains. Que comprendre du dating. Comment réagissent les filles américaines ? Pourquoi hurlent-elles 12 octaves au dessus de la normale de manière à vous décoller irrémédiablement les tympans par un « ohmygod » (en un seul mot à ce moment là) en battant des mains comme si NYC venait de remporter les JO (alors que non, c’est Londres, il faut suivre) dès qu’elles veulent raconter quelque chose à leurs copines ?
Blonde 1 : Ohmygod (petit battement de main, les copines ouvrent des grands yeux et font des petits bonds d’excitées), I’m going out tonight !!!!! (les points d’exclamation sont autant de battements de main et de sautillements savament en rythme avec les poussées vers le plafond de l’audible pour l’humain du vieux continent).
Copines (blonde) : Exciting !!!! What are you planning ?
(là, on s’attend à ce qu’elle prenne une navette pour la Lune tellement elle sautille. Ou alors elle se prend des décharges électriques à répétition et ça n’a rien à voir.)
Blonde 1 : I’m eating out with Jane !!!
Copines (toujours blondes) : ohmygodohmygodohmygod. (en un seul mot, et en battant des mains, des cils, et des neurones).
(Je ne sais pas d’où venait la décharge électrique).
Bref, pour savoir ce qui fait vibrer la grosse pomme et ses paumés de France, dont la vue s’embrume quand ils aperçoivent un croissant frais et un café décent.
Je suis bizarre ? Moi ? Bah. Je ne fume pas, je ne bois pas (tant que ça). Alors je peux bien avoir mon petit vice et aller traînasser sur la Toile, non ?
Bon, sur ce, je vais relever mes e-mails et poster aussi cet article sur mon blog. On sait jamais…
 
Samedi 21 mai 2005

Je discutais hier avec une amie de sa vie sentimentale, et la voilà qui se met à me décrire avec force supperlatifs les spécimens masculins qui l’entourent dans son nouvel environnement de travail, avant d’en arriver au constat suivant : au final, ils se ressemblent un peu tous, et j’ai beau passer une journée entière assise à côté d’un éphèbe, ça ne me fait ni chaud ni froid !

 

Triste constat Messieurs… La raison principale ? Prenez n’importe quelle boîte d’audit ou de conseil, pour faire simple, et regardez le paysage humain. La petite trentaine, tout ce beau monde en costumes bien coupés, cheveux disciplinés, petites chaussures bien cirées, cravate ad hoc et col de chemise amidonné. Sourire un poil carnassier, le teint frais quoi qu’il en soit et l’haleine fraîche à n’en pas douter.

Total, vous vous retrouvez à la cafétéria à midi, et quand vous faites la queue à la caisse derrière un de ces spécimens, vous ne savez pas si vous l’avez croisé une minute plus tôt au bar à salades, parce que de dos, ils sont tous identiques.

De face, me direz-vous ? De face, certes, non. Quoique dans son ensemble, qu’est ce qui ressemble le plus au jeune homme rasé de frais, le cheveu châtain court, en costume au bar à salades ? Son double et collègue à qui la caissière rend la monnaie, devant vous.

Oui, mais sur un projet, en discutant ? Ben pareil. Certes Jacques aime mieux le théâtre, alors que Damien est un adepte de squash. La belle affaire.

Le fait est que tous ces beaux potentiels qui traînent dans leur malette des kilomètres de diplômes académiques sont presque… trop beaux. Ils ont l’air gentil du fil à papa, à la « Monsieur Ah Bon » (private joke), grands yeux et petite raie sur le côté, sont relativement gentils naturellement, paient un verre en soirée et ramènent les demoiselles devant leur porte.
En découle qu’ils sont… trop parfaits. L’œil, au lieu de s’attarder sur ce visage, l’esprit, au lieu de s’attarder sur cette âme, glisse dessus, l’estime un instant et s’en détourne, presque déjà lassé d’un spectacle connu.

Les regarder et s’imaginer vivre avec eux, c’est voir sa vie toute tracée, et s’imaginer à 40 ans au petit déjeuner, assis dans sa cuisine en face d’un grand financier qui nous dira « passe moi le sucre » entre deux lignes du cours de la Bourse de Tokyo qu’il lira sur son ordinateur portable, adossé au comptoir de la cuisine, en train de refaire son nœud de cravate.

Et on a beau avoir envie de sécurité à un moment, on n’a pas forcément besoin de savoir dans quelle maison de retraite on va finir de se décomposer 50 ans plus tard. Or, c’est ce qu’on voit dans cette espèce là, trop sage et trop indisociable personnellement.

 

Cette espèce, d’où vient-elle, me direz vous ? Elle prospère dans les quartiers bourgeoisisants de toutes nos villes, elle s’engouffre dans les classes prépa et traverse les grandes écoles comme des croiseurs de guerre américains, pour n’atterrir qu’au sommet des grandes entreprises à vocation mondiale, et se poser au gré du vent à New-York, Singapour ou Paris, en salle de marché ou chez KPMG, c’est selon.

 

A trop vouloir forcer les gens dans un carcan, le mal est fait, le moule est forgé : des prépas aux écoles, on leur apprend à penser de la même façon. Ce sera, pour se retrouver ensuite dans un cabinet d’audit qui leur donne une formation made in USA mondialisée...

 

Quid de la diversité ?

 

________

Article publié récemment sur ENY par ma pomme, et ayant suscité une pluie de commentaires ! C'est ici pour les curieux.

Mardi 3 mai 2005

Pour changer cette semaine, les lundis de Dolce si renommés d'EntreNewYork portent un coup de gueule au groupuscule franchouillard de Manhattan.

 

 

Où l'on disserte sur l'idée que le Français se fait de l'esprit communautaire.

On est toujours frappé, en arrivant à New York, par l’ampleur de la diaspora asiatique. On a tous vu fleurir au coin d’une rue une de ces petites échoppes tenues par un couple de chinois, voix nazillarde, sourire et petit hochement de tête quand vous leur leur demandez de vous redonner un peu de ce fantastique nougat / je vais prendre deux cartes postales de plus / non plutôt une French Manucure aujourd’hui.
On est frappé, oui, par ce communautarisme exacerbé que nous, Français, avons tant de mal à appliquer. Exploration.

On le sait, les délis sont presque toujours tenus par les chinois ou les hindous. Le rationnel haussera les épaules en avançant : normal, vu que ce sont eux les plus nombreux de la planète, en pourcentage, on les retrouve plus nombreux que les autres communautés aux Etats-Unis aussi, et à fortiori à New York. Le rêveur s’extasiera devant cette force communautaire, s’il est français il pourrait bien se mettre à râler.

L’explication, sil elle peut paraître simpliste, est néanmoins rationnelle : tout est question de proportion. La diaspora est fonction du nombre de ressortissants du pays, beaucoup de chinois Indiens = encore un déli Tchin Tao qui ouvre au coin de ma rue. C’est ainsi.

Le Français, lui, n’y parvient pas. Pourtant, il est grégaire, aussi. Parfois même, il a un élan de générosité, l’altruisme débordant…

Certes, mais le Français, surtout, est égoïste et ne peut souvent pas se dépatouiller de ses petits travers de franchouillard.

On se croirait dans le petit village d’Astérix. Tous les Etats-Unis sont occupés. Tous ? Non ! Un petit groupe d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur, défendant ripaille et chasse-spleen millésimé.
Dans ce petit village comme toujours, il y a Obélix au cœur tendre qui promène ses menhirs, il y a Astérix le brave, la femme d’Abraracourcix qui est presque chef, celle d’Agecanonix qui fait baver tout le monde, il y a le poisson pas frais qui déclenche moult batailles et son propriétaire grande gueule, il y a le barde un peu trop plein d’entrain, mais somme toute, il y a de la vie, et cette volonté toujours d’être uni contre l’impitoyable ennemi.
Et puis un jour, s’infiltrent d’autres peu scrupuleux, s’insinuent dans la vie des gaulois, et se mêlent, un peu trop au lit pour être honnêtes, et tout à coup cette communauté s’épie, compte les points et les dérapages, les commérages vont bon train, et sous prétexte de poisson pas frais, tout le monde finit par se taper dessus et par rentrer bouder chez soi, les volets bien fermés en espérant que l’esclandre retombera comme un soufflet, et en pensant que les autres, eux, finiront bien par sortir le bout de leur nez en premier.

Alors ensuite, on se demande où est passé l’esprit communautaire ? Mes amis, osons le mot haut et fort : le Français n’en est pas capable. Il détruit un frêle équilibre et se demande ensuite pourquoi les Chinois feront toujours mieux en matière de communautarisme.

Regardez ce site. EntreNewYork. Parfait, fantastique sur le papier, un élan de générosité, oui, vraiment. Mais regardez de plus près. Regardez toute cette hargne qui guette entre les lignes, articles ou forums, des posts plein de fiels et de rancœur, justifiée ou non.
Sortez de votre ordinateur et voyez les dans la ville. Plus le temps passe et plus les liens se délitent. Certaines trouveront utile de tenter des poses lascives pour mieux lier connaissance. A d’autres. A cause de cela, ou peut-être n’en est ce que la conséquence, on assiste à une recrudescence des inscriptions aux cours de natation et de macramé. Intéressant, non ?

Pourquoi ? Mais parce que le Français est égoïste ! Avant de penser aux conséquence de ses actes, il agit, fort de lui, fier de l’être, Français. Plein de bonne volonté tant que cela ne tâche pas son pantalon neuf, plein de bonne volonté tant qu’il ne doit pas mettre les mains à la pâte. Plein de bonne volonté et visiblement altruiste, mais à la moindre incartade, le voilà qui préfère faire le mort plutôt que de venir s’expliquer. C’est Obelix qui boude derrière ses menhirs, menton bien haut et bras croisés. Ou bien qui vient de faire tomber le nez du Sphinx, et se sachant morveux, tente une sortie sur la pointe des pieds. Le barde s’est éclipsé. Le poisson, relégué aux calendes grecques, peut pourrir tranquillement sur l’étal que personne n’ose regarder.

Seul, tous les matins, le coq annonce fièrement le lever du soleil en espérant des jours plus cléments. Mais n’oubliez pas que le coq est le seul animal qui continue à chanter... les pattes dans le fumier.

 

 

Article publié sur www.entrenewyork.com le 2 mai 2005.

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