Je discutais hier avec une amie de sa vie sentimentale, et la voilà qui se met à me décrire avec force supperlatifs les spécimens masculins qui lentourent dans son nouvel environnement de travail, avant den arriver au constat suivant : au final, ils se ressemblent un peu tous, et jai beau passer une journée entière assise à côté dun éphèbe, ça ne me fait ni chaud ni froid !
Triste constat Messieurs
La raison principale ? Prenez nimporte quelle boîte daudit ou de conseil, pour faire simple, et regardez le paysage humain. La petite trentaine, tout ce beau monde en costumes bien coupés, cheveux disciplinés, petites chaussures bien cirées, cravate ad hoc et col de chemise amidonné. Sourire un poil carnassier, le teint frais quoi quil en soit et lhaleine fraîche à nen pas douter.
Total, vous vous retrouvez à la cafétéria à midi, et quand vous faites la queue à la caisse derrière un de ces spécimens, vous ne savez pas si vous lavez croisé une minute plus tôt au bar à salades, parce que de dos, ils sont tous identiques.
De face, me direz-vous ? De face, certes, non. Quoique dans son ensemble, quest ce qui ressemble le plus au jeune homme rasé de frais, le cheveu châtain court, en costume au bar à salades ? Son double et collègue à qui la caissière rend la monnaie, devant vous.
Oui, mais sur un projet, en discutant ? Ben pareil. Certes Jacques aime mieux le théâtre, alors que Damien est un adepte de squash. La belle affaire.
Le fait est que tous ces beaux potentiels qui traînent dans leur malette des kilomètres de diplômes académiques sont presque
trop beaux. Ils ont lair gentil du fil à papa, à la « Monsieur Ah Bon » (private joke), grands yeux et petite raie sur le côté, sont relativement gentils naturellement, paient un verre en soirée et ramènent les demoiselles devant leur porte.
En découle quils sont
trop parfaits. Lil, au lieu de sattarder sur ce visage, lesprit, au lieu de sattarder sur cette âme, glisse dessus, lestime un instant et sen détourne, presque déjà lassé dun spectacle connu.
Les regarder et simaginer vivre avec eux, cest voir sa vie toute tracée, et simaginer à 40 ans au petit déjeuner, assis dans sa cuisine en face dun grand financier qui nous dira « passe moi le sucre » entre deux lignes du cours de la Bourse de Tokyo quil lira sur son ordinateur portable, adossé au comptoir de la cuisine, en train de refaire son nud de cravate.
Et on a beau avoir envie de sécurité à un moment, on na pas forcément besoin de savoir dans quelle maison de retraite on va finir de se décomposer 50 ans plus tard. Or, cest ce quon voit dans cette espèce là, trop sage et trop indisociable personnellement.
Cette espèce, doù vient-elle, me direz vous ? Elle prospère dans les quartiers bourgeoisisants de toutes nos villes, elle sengouffre dans les classes prépa et traverse les grandes écoles comme des croiseurs de guerre américains, pour natterrir quau sommet des grandes entreprises à vocation mondiale, et se poser au gré du vent à New-York, Singapour ou Paris, en salle de marché ou chez KPMG, cest selon.
A trop vouloir forcer les gens dans un carcan, le mal est fait, le moule est forgé : des prépas aux écoles, on leur apprend à penser de la même façon. Ce sera, pour se retrouver ensuite dans un cabinet daudit qui leur donne une formation made in USA mondialisée...
Quid de la diversité ?
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Article publié récemment sur ENY par ma pomme, et ayant suscité une pluie de commentaires ! C'est ici pour les curieux.
Pour changer cette semaine, les lundis de Dolce si renommés d'EntreNewYork portent un coup de gueule au groupuscule franchouillard de Manhattan.
Où l'on disserte sur l'idée que le Français se fait de l'esprit communautaire.
On est toujours frappé, en arrivant à New York, par lampleur de la diaspora asiatique. On a tous vu fleurir au coin dune rue une de ces petites échoppes tenues par un couple de chinois, voix nazillarde, sourire et petit hochement de tête quand vous leur leur demandez de vous redonner un peu de ce fantastique nougat / je vais prendre deux cartes postales de plus / non plutôt une French Manucure aujourdhui.
On est frappé, oui, par ce communautarisme exacerbé que nous, Français, avons tant de mal à appliquer. Exploration.
On le sait, les délis sont presque toujours tenus par les chinois ou les hindous. Le rationnel haussera les épaules en avançant : normal, vu que ce sont eux les plus nombreux de la planète, en pourcentage, on les retrouve plus nombreux que les autres communautés aux Etats-Unis aussi, et à fortiori à New York. Le rêveur sextasiera devant cette force communautaire, sil est français il pourrait bien se mettre à râler.
Lexplication, sil elle peut paraître simpliste, est néanmoins rationnelle : tout est question de proportion. La diaspora est fonction du nombre de ressortissants du pays, beaucoup de chinois Indiens = encore un déli Tchin Tao qui ouvre au coin de ma rue. Cest ainsi.
Le Français, lui, ny parvient pas. Pourtant, il est grégaire, aussi. Parfois même, il a un élan de générosité, laltruisme débordant
Certes, mais le Français, surtout, est égoïste et ne peut souvent pas se dépatouiller de ses petits travers de franchouillard.
On se croirait dans le petit village dAstérix. Tous les Etats-Unis sont occupés. Tous ? Non ! Un petit groupe dirréductibles gaulois résiste encore et toujours à lenvahisseur, défendant ripaille et chasse-spleen millésimé.
Dans ce petit village comme toujours, il y a Obélix au cur tendre qui promène ses menhirs, il y a Astérix le brave, la femme dAbraracourcix qui est presque chef, celle dAgecanonix qui fait baver tout le monde, il y a le poisson pas frais qui déclenche moult batailles et son propriétaire grande gueule, il y a le barde un peu trop plein dentrain, mais somme toute, il y a de la vie, et cette volonté toujours dêtre uni contre limpitoyable ennemi.
Et puis un jour, sinfiltrent dautres peu scrupuleux, sinsinuent dans la vie des gaulois, et se mêlent, un peu trop au lit pour être honnêtes, et tout à coup cette communauté sépie, compte les points et les dérapages, les commérages vont bon train, et sous prétexte de poisson pas frais, tout le monde finit par se taper dessus et par rentrer bouder chez soi, les volets bien fermés en espérant que lesclandre retombera comme un soufflet, et en pensant que les autres, eux, finiront bien par sortir le bout de leur nez en premier.
Alors ensuite, on se demande où est passé lesprit communautaire ? Mes amis, osons le mot haut et fort : le Français nen est pas capable. Il détruit un frêle équilibre et se demande ensuite pourquoi les Chinois feront toujours mieux en matière de communautarisme.
Regardez ce site. EntreNewYork. Parfait, fantastique sur le papier, un élan de générosité, oui, vraiment. Mais regardez de plus près. Regardez toute cette hargne qui guette entre les lignes, articles ou forums, des posts plein de fiels et de rancur, justifiée ou non.
Sortez de votre ordinateur et voyez les dans la ville. Plus le temps passe et plus les liens se délitent. Certaines trouveront utile de tenter des poses lascives pour mieux lier connaissance. A dautres. A cause de cela, ou peut-être nen est ce que la conséquence, on assiste à une recrudescence des inscriptions aux cours de natation et de macramé. Intéressant, non ?
Pourquoi ? Mais parce que le Français est égoïste ! Avant de penser aux conséquence de ses actes, il agit, fort de lui, fier de lêtre, Français. Plein de bonne volonté tant que cela ne tâche pas son pantalon neuf, plein de bonne volonté tant quil ne doit pas mettre les mains à la pâte. Plein de bonne volonté et visiblement altruiste, mais à la moindre incartade, le voilà qui préfère faire le mort plutôt que de venir sexpliquer. Cest Obelix qui boude derrière ses menhirs, menton bien haut et bras croisés. Ou bien qui vient de faire tomber le nez du Sphinx, et se sachant morveux, tente une sortie sur la pointe des pieds. Le barde sest éclipsé. Le poisson, relégué aux calendes grecques, peut pourrir tranquillement sur létal que personne nose regarder.
Seul, tous les matins, le coq annonce fièrement le lever du soleil en espérant des jours plus cléments. Mais noubliez pas que le coq est le seul animal qui continue à chanter... les pattes dans le fumier.
Article publié sur www.entrenewyork.com le 2 mai 2005.



