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Vendredi 28 janvier 2005

" L’enfer est pavé de bonnes intentions : les stages en entreprises en sont un parfait exemple.

L’idée originelle était fort louable, puisque l’objectif était de permettre aux étudiants découvrir ce monde étrange – du moins, paraît-il étranger aux enseignants - dans lequel ils seront amenés à effectuer leur carrière professionnelle. Evidemment, pour encourager les entreprises à accueillir en leur sein ces ignorants, les stagiaires sont peu rémunérés (de l’ordre de 300 € par mois) et l’entreprise est, de plus, exemptée de toutes cotisations sociales. Le succès de cette formule va au delà de tout espoir. Et pour cause, avec un tel coût de la main-d’œuvre, les entreprises n’ont pas tardé comprendre l’avantage d’un tel système : c’est une réserve de main-d’œuvre qui représente entre 1,5 et 2 millions d’étudiants ; main-d’œuvre encore plus flexible que celle en période d’essai (il existe même maintenant des avenants aux conventions de stage qui stipulent que le stagiaire peut être remercié au bout d’un mois s’il ne donne pas entièrement satisfaction !) et surtout encore moins chère. Dans cette population hétérogène, il y a même de la main-d’œuvre très qualifiée, puisque le cursus des étudiants en DESS (cinquième année d’études) prévoit obligatoirement un stage de trois à six mois, stage que les entreprises n’hésitent pas renouveler une fois ou deux, et quand l’étudiant perdant tout espoir d’être recruté quitte la société un autre surgit immédiatement pour prendre sa place !

[…]

Cet excessif recours aux stages soulève trois problèmes fondamentaux :

- Personne ne cotise à rien. Ceci concerne à la fois les retraites et les équilibres des comptes sociaux. Comment expliquer à la population qu’il est indispensable d’allonger la durée des cotisations retraite tout en faisant entrer les jeunes de plus en plus tard sur le marché du travail (sachant par ailleurs qu’il ne vaut mieux pas être chômeur après la cinquantaine) ? Comment hommes et femmes politiques n’ont pas compris qu’une telle incohérence entre les propos et les actes ne facilite pas la mise en place de réformes pourtant incontournables ?

- Les inégalités sont accrues. Comment les étudiants ne vivant pas chez leurs parents peuvent-ils s’en sortir avec 100 à 500 € par mois ? Une fois les études terminées, s’ils désirent « acquérir de l’expérience » encore faut-il que papa et maman puissent subvenir à leur besoins.

- Ce sont des emplois en moins. Certes, il est évident que la suppression des stages ne correspondrait pas à la création d’un nombre équivalant d’emplois, mais il est indéniable qu’il y aurait une création nette d’emplois car le recours aux stages n’est pas une prérogative des sociétés ayant une situation délicate! En tout état de cause, il ne s’agit pas de supprimer toute forme de stage, mais de mettre fin aux abus. Pourquoi ne pas allouer à tout individu un capital-temps au delà duquel il ne pourrait être employé comme stagiaire ? Pourquoi ne pas limiter la proportion de stagiaires dans une société, limite qui pourrait être calculée en fonction de critères financiers ?

In fine, qui rend service à qui ? De deux choses l’une, soit les étudiants n’acquièrent aucun savoir dans le système éducatif et ils devraient rémunérer les entreprises qui les accueillent en stage, soit ils ont acquis un certain savoir ou savoir-faire, mais alors les entreprises doivent les rémunérer. Bref, il est temps d’éclaircir le débat et de mettre un peu d’ordre dans le système des stages."

 

Pour l’article complet :

Catherine LUBOCHINSKY est professeur à l’université de Paris-II.

« Les Echos » , le 20/07/2004

Par Dolce Vita - Publié dans : La Dolce Vita
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Commentaires

bienheureux les ingés qui ONT des thèses rémunérées...en socio ou science po, il y en a une sur trente par an...mais on s'éloigne des stages là. Moi j'aime pas les stages.
Commentaire n° 1 posté par Tangavae le 12/02/2005 à 15h52
Effectivement, l'Etat est plutôt mal placé pour donner des leçons. Mais comme on dit par chez moi : tu vois la paille chez ton voisin mais tu ignores la poutre chez toi ! En tout cas, ça ne l'excuse pas pour autant. Merci pour les compliments, je persévère !
Commentaire n° 2 posté par DolceVita le 12/02/2005 à 18h35
Très instructif !!! Sans vouloir être pessismiste, le système de stage est de plus en plus pervers vu que les jeunes diplômés sans emploi se transforment en stagiaires en attendant mieux...
Commentaire n° 3 posté par Norbert le 27/04/2005 à 17h57
Norbert, oui, tu touches un point sensible ! Sache que Moët & Chandon vient de prendre en STAGE un mec sorti de Polytechnique et avec 4 ans d'expérience. Mais à part ça, en France, le chômage baisse... A d'autres...
Commentaire n° 4 posté par Dolce le 28/04/2005 à 09h24
Un pays où les possibles se réduisent. En France, il est aujourd’hui impossible d’obtenir un emploi qui permettrait de commencer une carrière en adéquation avec sa formation. A 32 ans, que des stages. Grand manège qui tourne en circuit clos, comme la prostitution en Thaïlande, on marche quand même dans la combine puisque c’est la seule disponible et qu’en effet une fois sur vingt (à vérifier selon les statistiques sur les stagiaires, si l’on a jugé utile de les mener) on fini par épouser un client, transposer : se faire embaucher. En attendant c’est dix neufs postes qui tournent sur le dos des stagiaires corvéables et renouvelables à merci… Que se passerait il, si par miracle, du jour au lendemain ( ça s’appelle la grève), les stagiaires n’occupaient plus leur postes ? Les entreprises et autres associations seraient bien obligées de faire le point ! Combien de véritables postes sont gracieusement occupés par ces employés inespérés ? Combien d’abus entraînant un cercle vicieux où les emplois consacrés à cette manne gratuite et permutable à souhait ne sont plus mis en jeux sur le marché du travail ? A vingt ans on ne se rends pas bien compte de l’emballement abusif de ce mode d’exploitation, à 32, beaucoup plus ! Il n’y a qu’a regarder les sites dédiés à l’embauche. Impossible de trouver une entrée rémunérée correctement dans le monde du travail. Réclamons un bilan, un véritable état des lieux. Et pour se faire, en attendant, ne travaillons plus gratuitement et refusons les stages. C’est fou, c’est la grève, on est pas en situation de force pour la faire … mais les ouvriers du début du siècle étaient loin d’une situation plus favorables. Ils travaillaient 15H par jours et avaient à charge leur famille, leur loyer. Il n’y avait pas de syndicats, de CAF, de RMI, de lois pour l’emploi. Ça ne les a pas empêcher de penser et d’agir.

Grève générale des stagiaires au mois de novembre 2005 pour cause d’inventaire.
grevedesstagiaires@yahoo.fr
Blog :
http://grevedesstagiaires.blog.ca/main/
Commentaire n° 5 posté par GrÚve générale des stagiaires le 08/09/2005 à 01h30
Ca fait plaisr de voir que les gens commencent "un peu" a remarquer le probleme des stages... Il etait temps !
Commentaire n° 6 posté par KarinouYorkaise le 23/09/2005 à 20h50

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