MZA ou la disparition
Explication de texte sur les Méchants ZAdministrateurs de France et dailleurs.
Le franchouillard est persuadé que toute la misère du monde sabat sur ses petites épaules délicates dès quil passe le seuil dune Administration publique dans sa patrie : Sécurité Sociale, Préfecture, Poste
Que celui qui na jamais été la victime apparente du sadisme dun employé fonctionnaire qui lui aurait rabattu violemment sur les doigts la partie mobile de la plaque de plexiglas de son guichet lève la main. On maudira alors pendant des jours et des jours les Méchants ZAdministrateurs (MZA) qui sempressent de fermer à 16h45 quand vous vous apprêtiez ingénument à ouvrir la porte, dans votre naïveté du « Mais cest ouvert jusquà 17h, non ? » Oui, certes, mais bon, il faut éteindre les ordinateurs, la photocopieuse, éventuellement faire un dernier passage à la machine à café, sinon où vont les relations sociales dans ces bureaux, je vous le demande
Ahhhh bon. Soit. Cela a une certaine logique.
Dans notre grande naïveté, donc, lorsquon arrive en Terre Etrangère, on se dit quenfin, peut-être, ce sera mieux. Mais il semble malheureusement que les MZA ne connaissent pas de frontière car il est jouissif de rebuter le gentil contribuable harassé dans sa lancée optimiste du « Il me reste encore un peu de temps avant que ça ferme » ou équivalent, quelque soit lendroit où il se trouve.
Je puis ainsi vous compter par le menu mes derniers déboires basques espagnols.
Il y a deux semaines, dans mon envie de me cultiver en parcourant le pays, me voilà partie à Vitoria-Gasteiz, petite bourgade basque de 200 000 habitants, capitale de la province dAlava. Charmant centre ville aux allures de Moyen Age, où la modernité a tout de même percé récemment : un musée dArt contemporain flambant neuf, géré par la ville (les MZA, ouioui). Qui proposait alors, entre autres, une exposition photographique de lAméricain William Wegman, celui là même qui samuse à photographier son chien avec des feuilles de nénuphar sur la tête. Cest là que commence la scène. Comme dans tout musée qui cherche à garder une partie de ses investissements, on vous prête un audio guide si vous acceptez de vous délester dune pièce didentité pour la visite du musée. La contribution aurait pu être pire, on est content, on va tout comprendre, on accepte donc. On visite, on en profite, on se promène, on admire, on sinterroge sur le fait quune serpillière traîne au milieu dune pièce, on se rend compte ensuite que cétait une uvre, ce nest pas notre faute, celle ci nétait pas expliquée dans le tour. On rend laudio tour, on dit merci et au revoir, on termine de se promener un peu dans la ville et on rentre tranquillement chez soi le soir.
Le lendemain, on vaque tranquillement à ses occupations, et en fin de journée, un vendredi, on se décide à aller remplir son réfrigérateur pour ne pas se réveiller un dimanche après-midi avec une faim chronique et la désillusion de ne retrouver quun paquet de pâtes dil y a trois ans dans un placard de la cuisine en Espagne on nest pas prêt davoir les supermarchés ouverts le Jour du Seigneur. On remplit son chariot, on passe en caisse, on est moderne et on paie avec une carte bancaire, la caissière demande une pièce didentité et le monde sécroule. On ne la retrouve pas. On sent déjà se profiler la désillusion et la faim chronique du dimanche après-midi quand on ne mettra que la main sur ce vieux paquet de pâtes sus-cité. Evidemment il nous reste exactement deux Euros et trente deux centimes en monnaie ce qui nous paie un paquet de pâtes neuf et de lhuile dolive mais on na pas pu retrouver cette fichue carte didentité. On rentre perplexe, et, tout à coup, on réalise avec un cri dhorreur quelle doit être encore bien au chaud avec le chien de Monsieur Wegman et ses nénuphars, à peu près à 200 kilomètres de là. Horreur et damnation. Le lendemain, samedi, on prend donc son courage à deux mains et à un téléphone pour appeler le Musée. On lutte pour obtenir la gentille opératrice qui va nous parler en castillan et pas en basque, voilà merci, sinon on ne va jamais se faire comprendre. Quand enfin on réussit à avoir le guichet au bout du fil, une voix gnangnan nous dit tranquillement « ahhhh oui, votre carte didentité
Moui je crois quon la remise à la Police Municipale de Vitoria hier soir ». De la même manière quon vous dirait « Revenez demain, Madame Michu ne peut pas soccuper de votre dossier aujourdhui, son chat est malade ». On remercie en aillant envie de hurler mais on reste poli parce que nos parents nous ont bien élevé, il faut que ça serve.
Inutile dappeler la Police le samedi, le service des Objets Perdus nest évidemment pas ouvert un tel jour. La veille du Jour du Seigneur. Pensez donc.
On ronge son frein et on attend lundi. A la première heure douverture, on se jette à nouveau sur son téléphone. Il est alors sensiblement 10h20. Au bout de transferts téléphoniques qui vous semblent durer des heures et pendant lesquels vous êtes toujours obligé de vous battre pour quon vous parle en castillan et non pas en basque, on vous donne enfin le Service. Au bout dune quinzaine de sonneries, un MZA décroche, désabusé. Vous lui expliquez poliment (bon, presque poliment, parce que vos parents vous ont bien élevé mais ne vous ont pas véritablement préparé à cela) votre souci, le MZA sempresse daller vérifier si votre carte chérie est arrivée, il bat le record du monde de revue de cartes perdues, et au bout de huit minutes exactement, vient vous dire que, non, il na pas de carte didentité étrangère en stock. Vous êtes désespéré. Non seulement vous navez plus de carte didentité mais en plus vous nallez bientôt plus avoir de forfait téléphonique à ce train là. Par acquis de conscience, vous persuadez le MZA de prendre votre numéro de portable en note, au cas où il retrouve votre carte sous sa tasse à café, il accepte, dans un instant de folie quil ne pourra peut-être jamais expliquer
Deux jours plus tard, on vous appelle : Byzance ! En basque, dommage. Comme vous ne comprenez rien, vous rappelez et demandez une traduction instantanée qui nest pas aussi rapide que son nom devrait lindiquer, mais vous finissez par tomber sur le MZA qui a retrouvé votre carte. Vous en pleureriez presque
Ce nest pas terminé. Le MZA veut savoir ce quil fait de la carte maintenant. Il faut que vous lui dictiez votre adresse en castillan. Tout ceci prend aux alentours dun bon quart dheure, mais vous allez enfin récupérer votre bouille en noir et blanc. Il vous promet de la mettre au courrier dans la minute. Il le fera donc probablement avant la fin de la semaine si tout se passe bien.
Entre temps, la désillusion, pas celle du dimanche après-midi et du paquet de pâtes, non, une autre, plus sournoise, plus vicieuse, qui sinsinue lentement, vous dit que vous allez encore attendre un peu, mais vous gardez lespoir ridicule que maintenant, tout va bien se passer. Cest comme être à bord du Titanic et se dire quon est sauvé de la noyade.
Je nai toujours pas récupéré ma carte. Je ne sais pas si les MZA de la Police de Vitoria lont gardée en souvenir, si elle est toujours sous une tasse à café ou bien si la Poste la entre temps égarée, à moins que le concierge de mon immeuble lait accroché sur le mur de sa cuisine
Jai désespérément essayé de rappeler la Police de Vitoria mais personne ne sait plus rien, cest à donner envie de ne plus être poli du tout, éducation parentale ou pas.
Après ça, allez donc comprendre pourquoi les gens naiment pas les fonctionnaires