Le battement d'ailes du papillon
Il y a des jours comme ça, où tout bascule en un instant. Je vais vous raconter une histoire, un petit conte moderne.
Il était une fois une jeune fille bien sous tout rapports, cela va sans dire, qui allait commencer un stage à Reims, ayant *enfin* terminé sa scolarité. Il fallait donc pour ce faire quelle emménage dans lappartement quelle avait eu dailleurs bien du mal à trouver. Ce matin là, cétait un dimanche, elle sen souviendra certainement toute sa vie, elle se leva anxieuse : ses parents lui avaient pourtant bien dit quils nenvisageraient pas de traverser un bout de France, remorque au vent et à la pluie. Et ce matin là, il ne pleuvait pas. Non. Cétait pire : il se mit à neiger comme jamais. Résignée à camper dans son futur appartement, elle traînait sa bouderie dans la maison de ses parents comme dautres ne lèvent pas les pieds lorsquils marchent, lourdement. Son père, malgré tout, prépara la remorque. Elle finit par laider, maigre espoir, à force de bâches en plastique censées protéger son lit des intempéries de laprès-midi. Cette tâche à peine terminée, elle quitta le garage et rentra dans la maison. Elle fut agacée de voir quune petite voiture stationnait devant la maison : il était presque 14 heures et ils navaient toujours pas déjeuné. Quel intrus pouvait bien venir comme ça un dimanche à 14 heures, dans la Meuse ? Elle ne connaissait personne ayant une 206 rouge immatriculée 75. Elle alla donc ouvrir, un masque dindifférence sur le visage. La voilà donc à la porte et nous retenons notre souffle en même temps que ses neurones.
Elle vient douvrir et elle a limpression que cest Lui. Mais ça nest pas possible, parce que son chéri est à New York, certainement encore en train de dormir à cette heure précise de la journée, de lautre côté de lOcéan. Ses neurones essaient de comprendre, et abandonnent, pour se mettre en état dalerte maximum : cordes vocales ? Parées. Sautillement ridicule ? Paré. Petit élan pour aller se jeter dans ses bras ? Bon, ben le temps quon lécrive, elle y est déjà.
Dans un moment dégarement passager, il a booké un aller-retour en avion pour une journée avec elle, en France, comme ça, juste parce que cétait la Saint Valentin le lendemain et quil avait une envie folle de la voir.
Alors, accessoirement, puisquil était là, il a profité du déjeuner tardif et a joué lesclave une bonne partie de laprès-midi pour le déménagement : chargement de la voiture, roulage sous la pluie, la neige et le grésil (eh oui
), déchargement de la voiture, mise en place des meubles dans lappartement.
Et le soir, alors que ses parents à elle rentraient, fatigués de cette après-midi chargée, il la emmenée dans un très beau restaurant de la région.
Le lendemain, elle commença son stage. Cétait la Saint Valentin. Il neigeait toujours et elle nétait plus en vacances mais ça nétait pas très grave. Au moment où elle écrivait cette histoire sur son ordinateur, il était déjà reparti depuis longtemps, dormant comme il pouvait, coincé certainement entre deux individus nord américains dopulente corpulence sur le siège dun avion. Elle avait du mal à y croire, et pourtant
Je ne sais pas vous mais moi, des histoires pareilles, je nai jamais vu ça que dans les films, et encore, plutôt du genre comédies romantico-gnan-gnan du type elle laime il laime la vie est belle. Dans la réalité, la vraie vie qui ne fait pas de cadeaux, jusquici, javais plutôt lhabitude de prendre une grande baffe dans les dents, et de ravaler mes larmes. Mais parfois, un battement dailes de papillon à New York crée détranges tourbillons dans la Meuse.
Moi, petite fille, trop nourrie aux contes de fées, et désenchantée par la vague Bridget Jones, me voilà surfant sur un petit nuage, plein de u et daccents circonflexes dessus